Le socle minimal de l’Holacratie en ~3 pages. Ce qui est strictement nécessaire pour fonctionner : rôles, cercles, devoirs de coopération, autorité distribuée, gouvernance intégrative. Rien de plus. Version Alpha : évolution libre de la Constitution Holacracy v5, sous licence ouverte. Non officielle.
Préambule
Note d’intention : Le préambule règle la question fondamentale de qui a le dernier mot dans cette organisation. Cette Constitution indique que ce sont les règles elles-mêmes, pas ceux qui les ont adoptées. En ratifiant, ils transfèrent volontairement leur autorité dans un cadre partagé. Et pour tous ceux qui rejoignent ensuite l’organisation, ce cadre est la seule source d’autorité légitime, sans contredire les contextes légaux ou normatifs en vigueur.
Les «Ratificateurs» adoptent la présente «Constitution» comme cadre d’autorité officielle de «l’Organisation». Ce faisant, ils transfèrent leur pouvoir de gouvernance et d’exploitation dans les règles qu’elle définit, à l’exception de tout pouvoir qu’ils ne peuvent pas déléguer. Les Ratificateurs ou leurs successeurs peuvent amender ou abroger cette Constitution par écrit. Ce pouvoir s’exerce depuis l’extérieur du cadre : tant que cette Constitution est en vigueur, il ne permet pas d’en enfreindre les règles.
Les règles et fonctionnements préexistants restent en vigueur, mais ne peuvent être étendus ou modifiés qu’à travers les processus de cette Constitution. Ils perdent toute légitimité dès que ces processus produisent quelque chose qui les remplace.
L’Organisation peut désigner des «Partenaires» pour participer à sa gouvernance et à son fonctionnement, à condition que chaque Partenaire accepte de respecter toutes les dispositions de cette Constitution. Aucune attente implicite ni ordre émis en dehors de l’autorité accordée par cette Constitution n’a d’effet sur un Partenaire.
Article 1 : rôles et cercles
Note d’intention : L’article 1 crée une structure d’autorité fondée sur une description structurée des rôles plutôt que sur des personnes et des organigrammes conventionnels. Il pose simultanément deux principes : l’autorité est distribuée à travers l’ensemble des rôles et des cercles, et à l’intérieur de chaque rôle, le Leader de Rôle dispose d’une autorité pleine et entière sur son périmètre. Le système est à la fois distribué et autocratique.
Un «Rôle» est une unité de travail organisationnel qu’une personne peut assumer au nom de l’Organisation. La personne qui assume un Rôle est son «Leader de Rôle». Un «Cercle» est l’intérieur d’un Rôle, décomposé en d’autres Rôles. L’ensemble des Rôles et Règles d’un Cercle constitue sa «Gouvernance».
Un Rôle ou un Cercle est identifié par un nom et est décrit par tout ou partie des éléments suivants :
- Une «Raison d’Être» : la capacité, le potentiel ou l’objectif que le Rôle poursuit.
- Des «Domaines» : des actifs, des processus ou toute autre chose que le Rôle contrôle de manière exclusive.
- Des «Redevabilités» : des activités récurrentes que le Rôle conduit au service des autres Rôles ou de sa Raison d’Être.
- Des «Règles» : des octrois ou restrictions d’autorité, ou des dispositions particulières applicables au sein de ce Rôle.
En tant que Leader de Rôle, vous êtes responsable de détecter les «Tensions» (écarts entre la réalité et le potentiel idéal de votre Rôle) et de prendre des initiatives pour les réduire, de clarifier et suivre votre travail par écrit, et de choisir et réaliser ce qui crée le plus de valeur pour l’Organisation.
Le Cercle le plus large, qui porte la Raison d’Être de l’ensemble de l’Organisation, est son «Cercle d’Ancrage». Tout Cercle dispose d’un «Leader de Cercle» : être Leader d’un Rôle, c’est aussi être Leader du Cercle à l’intérieur de ce Rôle. Le Leader de Cercle affecte les Rôles à des personnes volontaires et peut révoquer ces affectations, assume automatiquement les Rôles non pourvus, et peut définir des «Stratégies» pour guider la hiérarchisation des priorités. Le Cercle d’Ancrage n’a pas de Leader de Cercle, sauf indication contraire dans une Règle.
Tout Cercle peut en outre se doter des rôles suivants :
Facilitateur : Raison d’Être : une Gouvernance du Cercle et des pratiques opérationnelles conformes à la Constitution.
Scribe : Raison d’Être : gérer les enregistrements et les réunions du Cercle requis par la Constitution.
Un Cercle peut ajouter des Redevabilités ou des Domaines à ces rôles, mais ne peut pas modifier leur Raison d’Être ni ce que la Constitution leur attribue.
Article 2 : règles de coopération
Note d’intention : l’article 2 définit les obligations concrètes qui rendent le système fonctionnel : être transparent sur son travail, traiter les demandes des autres, et prioriser selon les règles communes plutôt que selon son propre jugement. Sans ces devoirs, l’autorité distribuée de l’article 1 devient ingérable. Un principe traverse tout l’article : ces obligations sont des obligations de moyens, pas de résultat. Estimer n’est pas s’engager. Traiter une demande ne signifie pas y accéder. Prioriser ne signifie pas garantir.
Devoir de transparence : à la demande de tout Leader de Rôle, vous devez partager un état de votre travail en cours, vos indicateurs, et toute information facilement accessible dont le partage ne causerait pas de tort. Une estimation tient compte de votre contexte actuel, elle n’est pas une promesse.
Devoir de traitement : vous devez traiter promptement les demandes des autres Leaders de Rôle en définissant une prochaine étape, en expliquant votre refus, ou en proposant une alternative qui répond à l’intention du demandeur.
Devoir de priorisation : vous devez traiter les demandes entrantes avant votre propre travail, participer aux réunions si explicitement demandé, et respecter les Stratégies officielles de vos Cercles en les considérant comme plus importantes que votre propre jugement.
Devoir de respecter les Accords Relationnels : en tant que Partenaire, vous pouvez passer des «Accords Relationnels» avec d’autres Partenaires pour réguler la manière dont vous travaillez ensemble. Ces accords sont de deux natures. Les accords contraignants (tout engagement contracté par écrit avec l’Organisation dont les termes ne prévoient pas de sortie unilatérale) restent pleinement opposables et prévalent sur les autres dispositions de cet article. Les accords comportementaux (modes de communication, pratiques de coopération) sont volontaires : nul ne peut être contraint d’en souscrire un, et chaque partie peut y mettre fin à tout moment.
Article 3 : réunions tactiques
Note d’intention : l’article 3 organise la coordination opérationnelle au quotidien. Une Réunion Tactique se distingue d’une réunion de management classique sur un point structurel : ni le processus ni le contenu n’appartiennent à une seule personne. Le processus est défini par les règles du jeu et tenu par le Facilitateur. Le contenu vient de chaque participant, qui apporte ses propres points et ses propres demandes. Tous sont co-responsables de l’avancée du travail. La réunion sert à débloquer ce travail, pas à le superviser. Elle peut se tenir en présentiel ou à distance.
Tout Partenaire peut organiser une «Réunion Tactique» pour coordonner le travail et s’engager mutuellement dans ses responsabilités. Le Scribe de chaque Cercle programme des réunions régulières pour son Cercle.
Un processus par défaut est disponible sur la fiche officielle de facilitation. Chaque Cercle peut adopter son propre processus en écrivant une Règle.
Article 4 : autorité distribuée
Note d’intention : l’article 4 définit ce qu’un Leader de Rôle peut faire sans demander la permission. C’est le coeur opérationnel du système : chacun agit dans son périmètre sans avoir à rendre compte à une hiérarchie. Mais cette liberté a des limites claires : les Règles, les Domaines des autres, et l’argent. L’article prévoit aussi la situation d’urgence, où agir vite prime sur le respect du cadre, à condition d’en assumer les conséquences.
En tant que Leader de Rôle, vous avez l’autorité de prendre toute action ou décision pour mettre en œuvre la Raison d’Être et les Redevabilités de votre Rôle, tant que vous n’enfreignez pas une Règle de cette Constitution ou d’un Cercle qui contient votre Rôle. Pour agir sur un Domaine que vous ne contrôlez pas, vous devez obtenir l’autorisation de son détenteur. Vous ne pouvez pas dépenser de l’argent ou engager de manière significative des actifs de l’Organisation sans autorisation préalable du Rôle qui les contrôle. Pour obtenir une autorisation, vous pouvez annoncer votre intention par écrit et laisser un délai raisonnable : sans opposition dans ce délai, vous êtes autorisé pour l’action annoncée.
Vous pouvez prendre une «Initiative d’urgence» en agissant au-delà de votre autorité ou en enfreignant des Règles si toutes les conditions suivantes sont réunies :
- vous agissez de bonne foi au service d’un Rôle,
- vous pensez que l’action résoudra plus de Tensions qu’elle n’en crée,
- elle n’engage pas de dépenses non autorisées,
- attendre serait significativement plus coûteux que d’agir.
Dans ce cas, vous devez en informer immédiatement les Leaders de Rôle impactés et ne pas réitérer si on vous le demande.
Article 5 : processus de gouvernance
Note d’intention : l’article 5 définit comment la structure évolue. Toute modification de Gouvernance (créer un Rôle, modifier une Règle, élire un Facilitateur ou Scribe) passe par un processus unique : la décision intégrative. Ce processus n’est pas du consensus ni du vote majoritaire. Il cherche à intégrer toutes les objections valides sans bloquer l’action. Le processus se tient en asynchrone ou lors d’une réunion de gouvernance.
Pour modifier la Gouvernance d’un Cercle (créer, modifier ou supprimer un Rôle ou une Règle, ou tenir une élection), les Membres du Cercle utilisent le «Processus de Décision Intégrative» décrit sur la fiche de facilitation. Il peut se tenir en asynchrone ou en Réunion de Gouvernance. Seuls les «Membres du Cercle» (Partenaires Leaders d’un Rôle dans ce Cercle) y participent.
Une «Règle» est un octroi ou une restriction sur l’autorité des Rôles, ou une disposition de fonctionnement spécifique au Cercle.
Le Facilitateur et le Scribe sont désignés par le Leader de Cercle. À la demande de tout Membre, ils sont élus par «Processus d’Élection Intégrative» décrit sur la fiche de facilitation ; l’élection prime alors sur la désignation.
Le Processus de Décision Intégrative et le Processus d’Élection Intégrative ne peuvent pas être modifiés. La fiche officielle de facilitation décrit ces processus ; en cas d’écart, cette Constitution prime.
Évolution libre de la Constitution Holacracy v5. Produite par Sémawé. Diffusée sous licence CC BY-SA 4.0.