Prendre rendez-vous

Le design fiction : écrire l’avenir d’une organisation pour pouvoir le décider

Fabriquer un objet venu du futur, puis le discuter

Le design fiction consiste à produire l’artefact qui existerait si une trajectoire donnée se réalisait. Un article de presse daté de 2032, une fiche produit, une réclamation client, une note de service annonçant une décision, une offre d’emploi pour un métier qui n’existe pas encore. L’objet est faux, sa forme est vraie : il porte une date, un émetteur, un vocabulaire, et se lit comme un document ordinaire.

📄 La fiche d'animation d'un atelier de design fiction

Elle est à toi, en pièce jointe, par email.

Cette contrainte de forme fait tout le travail. Une vision d’entreprise s’énonce en intentions, que rien n’oblige à être cohérentes entre elles. Un article de presse doit nommer des faits, des chiffres, des personnes et des conséquences. Le groupe qui l’écrit se heurte donc aux implications de sa propre trajectoire pendant qu’il rédige, et non six mois plus tard en comité.

La situation où la méthode débloque quelque chose

Un séminaire de direction tourne depuis deux heures sur les mêmes abstractions. Chacun approuve la nécessité d’évoluer et personne ne décrit le même état d’arrivée. Les désaccords restent inaudibles parce qu’ils portent sur des mots que tout le monde partage.

Le deuxième cas se présente quand deux directions crédibles s’opposent sans qu’aucune parvienne à convaincre. Écrire deux artefacts, un par trajectoire, déplace la comparaison des arguments vers les mondes décrits. Il devient possible de dire ce qui déplaît dans le second monde sans avoir à contester la compétence de qui le défend.

Le troisième cas concerne les risques. Une réserve exprimée en réunion s’entend comme une réticence de la personne qui l’exprime, et se traite comme telle. La même réserve, écrite sous la forme d’une réclamation client datée de trois ans plus tard, s’entend comme une information sur le projet.

Ce qu’on observe en l’animant

Un groupe qui rédige la revue de presse de sa propre entreprise à cinq ans y écrit des choses que personne n’aurait avancées en son nom. La fiction déplace la responsabilité de l’énoncé, et ce déplacement autorise la lucidité. Il n’est pas rare que le passage le plus juste du séminaire figure dans le paragraphe le plus caricatural de l’artefact.

Le facilitateur tient deux points de vigilance. Le premier est la dérive vers la science-fiction, où le groupe s’amuse de technologies improbables et cesse de parler de lui ; une date proche, cinq à sept ans, suffit à la contenir. Le second est la sortie de l’atelier. Un artefact qu’on admire puis qu’on range ne produit rien, et le temps de dépouillement, où l’on extrait de la fiction les décisions qu’elle suppose déjà prises, fait partie de la méthode autant que la rédaction.

Ce que contient la fiche

Les quatre temps de l’atelier avec leurs durées, six formats d’artefact selon le sujet traité, les consignes de rédaction qui empêchent la dérive, les questions du dépouillement, et le tableau qui relie chaque élément de la fiction à la décision qu’elle implique. Un déroulé pour une demi-journée et un déroulé resserré de quatre-vingt-dix minutes figurent tous les deux.

Pour aller plus loin

Cet atelier prend place dans un séminaire ou une mise au vert, et se combine bien avec un travail sur la raison d’être, qu’il oblige à formuler en conséquences plutôt qu’en principes. Pour un format qui ouvre l’ordre du jour au groupe lui-même, voir le guide complet du forum ouvert. L’ensemble de nos formats d’animation est décrit sur la page facilitation de séminaires.

Questions fréquentes

Le design fiction convient-il à un comité de direction sceptique ?

Oui, à condition d’annoncer l’objet et non le procédé. Un comité qui entend parler d’atelier créatif se ferme, quand le même comité accepte de produire l’article de presse qu’il aimerait lire dans cinq ans, puis celui qu’il craint de lire.

Quelle différence avec un exercice de vision ?

La vision énonce une intention, l’artefact décrit un état. La première se signe sans coût, le second oblige à nommer des conséquences, ce qui fait apparaître les désaccords que la vision recouvrait.

Combien de participants et combien de temps ?

De six à vingt-quatre personnes, réparties en sous-groupes de quatre à six qui produisent chacun leur artefact. Compter une demi-journée en incluant le temps de dépouillement, sans lequel l’atelier reste sans suite.