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Les six chapeaux de Bono : faire penser un groupe dans un seul mode à la fois

Six modes de pensée, portés par tout le monde en même temps

La méthode des six chapeaux, formalisée par Edward de Bono, distingue six modes de pensée et demande au groupe de n’en tenir qu’un à la fois. Le blanc s’en tient aux faits et aux données disponibles. Le rouge donne les ressentis sans les justifier. Le noir cherche les risques et les raisons d’échouer. Le jaune cherche les bénéfices et les conditions de réussite. Le vert produit des options nouvelles. Le bleu pilote la séquence et appartient au facilitateur.

📄 La fiche d'animation des six chapeaux de Bono

Elle est à toi, en pièce jointe, par email.

Un point de la méthode est constamment mal appliqué : les chapeaux ne se distribuent pas entre les participants. Tout le groupe porte le même chapeau au même moment, pendant une durée annoncée, puis passe au suivant. Attribuer le noir à une personne et le vert à une autre reconduit la répartition des rôles que la méthode sert justement à défaire.

La situation où la méthode débloque quelque chose

Dans une équipe installée, les positions finissent par devenir des identités. La même personne soulève les risques à chaque réunion, une autre défend l’élan, et le groupe cesse d’entendre le contenu de ce qu’elles disent pour n’entendre que leur rôle. La première est réputée négative, la seconde légère, et la discussion se joue entre deux personnages plutôt qu’entre deux arguments.

Faire porter le chapeau noir à tout le monde pendant huit minutes produit deux effets simultanés. Les risques sont enfin listés comme un travail à faire, et la personne qui les portait seule est déchargée d’un rôle qu’elle n’avait pas choisi. Il arrive qu’elle passe le reste de la séance sous le chapeau jaune, ce qui surprend l’équipe autant qu’elle-même.

Le deuxième cas concerne les décisions qu’on reprend indéfiniment. Un choix arrêté sans que les risques aient été énumérés en tant que tels se rouvre à la première difficulté, chacun rappelant alors qu’il avait des réserves. La séquence des chapeaux laisse une trace : la liste noire a été faite, elle est écrite, et la décision a été prise en la connaissant.

Ce qu’on observe en l’animant

Le chapeau rouge est celui que les comités de direction accueillent le plus mal et celui qui rend le plus. Deux minutes pendant lesquelles chacun dit ce que la proposition lui fait, sans avoir à le justifier, font apparaître des réticences qui auraient sinon circulé pendant des semaines sous forme d’arguments techniques.

L’ordre de la séquence n’est pas indifférent et se choisit selon l’objet de la réunion. Sur une proposition à évaluer, le blanc précède le rouge, puis le jaune passe avant le noir, faute de quoi le groupe s’installe dans la critique et n’en sort plus. Sur un blocage, la séquence commence par le noir pour vider l’inquiétude, et le vert vient ensuite.

Le facilitateur garde le bleu pour lui, annonce chaque changement de chapeau à voix haute, et coupe la première intervention qui sort du mode en cours. Cette coupure paraît rigide pendant les dix premières minutes, et c’est elle qui produit tout l’effet de la méthode.

Ce que contient la fiche

Les six chapeaux avec la consigne exacte qui les ouvre, quatre séquences prêtes à l’emploi selon le type de réunion, la durée de chaque temps, les formulations de recadrage pour ramener un participant dans le mode en cours, et les trois usages fautifs qui vident la méthode de son intérêt. Un format court de quarante minutes pour une décision simple figure en fin de fiche.

Pour aller plus loin

La séquence des chapeaux s’emploie surtout en comité, et notre travail sur ces instances est décrit sur la page accompagnement de CODIR. Pour traiter les sujets au fil de l’eau plutôt qu’en séance dédiée, voir la méthode du triage. Le chapeau vert se prolonge dans la formation brainstorming et séances de créativité, et le rouge, quand il fait remonter davantage qu’une réunion ne peut porter, appelle une régulation d’équipe.

Questions fréquentes

Faut-il de vrais chapeaux ?

Non. Des cartons de couleur posés au centre de la table suffisent, et un mot du facilitateur suffit dans une équipe entraînée. L’accessoire aide surtout les premières séances, où le groupe a besoin d’un repère visible du mode en cours.

Combien de temps pour une séquence complète ?

Quarante minutes pour une décision simple, une heure trente sur un sujet engageant, en comptant deux à dix minutes par chapeau. Les six ne se portent pas toujours : une séquence de trois chapeaux bien choisis vaut mieux qu’un passage forcé par les six.

La méthode fonctionne-t-elle à distance ?

Oui, et le repère visible y devient nécessaire. Le chapeau en cours reste affiché à l’écran, et le facilitateur nomme le changement de mode plus souvent qu’en présence, les signaux du groupe lui échappant en partie.