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Concertation citoyenne autour d’une friche industrielle : comment Sémawé a accompagné Grenoble Alpes Métropole sur le projet Allibert

En 2022, Sémawé a conduit la démarche de concertation de Grenoble Alpes Métropole autour du devenir de la friche industrielle Allibert. Située dans le sud grenoblois, à cheval sur Grenoble et Échirolles, cette friche de 10 hectares représentait à la fois un enjeu économique majeur et un morceau de ville à réinventer avec ses habitants.

Le contexte : une friche à l’abandon depuis 25 ans

Dernière grande opportunité foncière de la Métropole et symbole du passé industriel de Grenoble, la friche Allibert était à l’abandon depuis plus de 25 ans. Le projet porté par la Métropole visait à proposer une offre foncière et immobilière pour des entreprises de production, avec une attention particulière pour les filières liées aux mobilités durables, aux énergies propres et aux enjeux de la transition.

L’enjeu n’était pas seulement économique. La friche est insérée au cœur de quartiers densément peuplés, au sein de l’opération de renouvellement urbain Grandalpe — un territoire de 400 hectares pour près de 30 000 habitants, marqué par l’urbanisme des années 1960-70, porteur de fragilités sociales et d’une image dégradée liée au vieillissement des logements et à la prépondérance de la voiture.

Notre mission

Sémawé a été mandaté pour concevoir et animer l’ensemble de la démarche de concertation, de l’automne 2021 à l’automne 2022. Quatre saisons ont jalonné différents temps d’expression pour les habitants, les acteurs économiques et sociaux du quartier, ainsi que les élus des communes riveraines et de la Métropole. Une plateforme en ligne a également permis de communiquer sur le projet et de collecter des avis à distance.

Ce que nous avons mis en place

Phase d’exploration : la concertation a débuté par une série d’entretiens auprès d’entreprises et d’associations présentes aux abords du site — un hôtel, des commerces, une entreprise de BTP, des associations de quartiers, un centre social, l’association gestionnaire de l’aire de passage des gens du voyage. Ces échanges ont permis d’affiner les représentations sur le quartier, de récolter les attentes sur les usages possibles et de commencer à se projeter sur un après dans un quartier en pleine mutation.

Présence dans l’espace public : des interventions ont suivi sur le marché de la Butte à Échirolles et à la sortie d’un groupe scolaire à Grenoble, avec une question simple posée aux passants : aujourd’hui on détruit la grande halle, demain on reconstruit quoi ? Les idées ont fusé — un quartier plus apaisé au niveau de la circulation, plus accessible à pied et à vélo, plus végétalisé, avec des espaces verts de qualité, des équipements sportifs et la présence de petits commerces.

Réunions publiques de co-construction : deux réunions publiques ont ensuite été organisées, sur Échirolles et Grenoble. Avec l’appui des urbanistes et aménageurs, les participants ont travaillé sur plan pour dessiner l’aménagement du futur quartier sans perdre de vue la vocation économique de la zone. La mobilisation des habitants, associée à la présence des représentants d’entreprises et des associations locales, a nourri des échanges passionnés et constructifs.

Au final, quatre thèmes de travail ont émergé avec de nombreuses préconisations d’aménagement : les formes urbaines (mixité d’activités, de formes et de hauteurs), les mobilités (ouvrir et raccorder le site aux quartiers voisins), la désimperméabilisation et la végétalisation du site pour prévenir les îlots de chaleur, et des usages et nouveaux services pour les salariés et les habitants.

Notre approche de la concertation

Ce qui nous intéresse dans ce type de mission, c’est de concevoir une démarche qui donne réellement la parole aux principaux bénéficiaires d’un projet — pas pour valider des décisions déjà prises, mais pour nourrir la réflexion des décideurs avec une intelligence collective ancrée dans le territoire.

Concrètement, cela se traduit par plusieurs principes que nous appliquons systématiquement : aller chercher les gens là où ils sont plutôt que d’organiser des réunions publiques classiques, multiplier les formats pour toucher des publics différents, éviter les formats conférence ou les réunions d’experts, et créer des conditions de dialogue qui favorisent la convergence plutôt que l’accumulation de doléances.

Dans le cas d’Allibert, les facteurs de réussite ont été notamment : une expression politique claire sur l’intention du projet dès le départ, un calendrier suffisamment long pour toucher toutes les parties prenantes, des lieux de concertation répartis sur le territoire, des rencontres adaptées aux disponibilités réelles des personnes (en soirée, sur les temps de la vie quotidienne, sur des horaires de travail), et une équipe de facilitateurs formés à la conduite de démarches participatives.

Une clôture engageante

Pour clore la démarche, les élus se sont exprimés lors d’une réunion publique et se sont engagés sur les préconisations d’aménagement à retenir. Ils ont donné de la visibilité sur la suite du projet, sa feuille de route et son calendrier — une étape utile pour remercier les participants et célébrer le chemin parcouru.

Cette concertation Allibert a constitué un premier jalon réussi pour d’autres mobilisations citoyennes dans le cadre de l’opération de rénovation urbaine Grandalpe. En tant qu’organisation ancrée sur le territoire grenoblois, ce type de mission fait particulièrement sens pour nous.