Retraite dans un chalet d’alpage : un moment magique en équipe

Cet article a été écrit par Juliette Brunerie en septembre 2022. Il décrit la retraite d’équipe de l’été 2022 à Bessans, dans la vallée de la Maurienne.

Cela fait maintenant 7 ans que nous avons pris l’habitude de faire des retraites d’équipe au vert pendant quelques jours. Au début il ne s’agissait que d’une journée ou deux. Avec le temps et nos relations s’approfondissant, nous avons commencé à rallonger le format pour en faire de vrais moments suspendus sur plusieurs jours de suite.

Je vous embarque dans notre dernière retraite d’équipe à l’été 2022 en espérant que vous y trouverez une source de réflexion.

Tout commence par l’anticipation

Nous sommes alors une équipe de 12 personnes, toutes assez occupées sur le terrain et dans nos vies. Ces quelques jours de retraite sont planifiés au minimum 6 mois à l’avance pour assurer la présence de l’entièreté de l’équipe.

Des rôles clairement répartis

Il y a ceux qui s’occupent du choix du lieu, ceux qui s’occupent des victuailles — rôle qui n’est pas des moindres vu la proportion que prend la gourmandise dans nos temps d’équipe — et enfin ceux qui s’occupent de la partie technique, matériel de travail. Ces rôles tournent dans l’équipe si bien que l’organisation n’a jamais été un poids, et génère plutôt de l’enthousiasme et du soin par ceux qui s’en occupent.

Le choix du lieu, pierre angulaire d’une retraite réussie

Le lieu à lui seul ne suffit pas, mais il reste un paramètre qui peut tout changer. Depuis plusieurs années nos choix se sont portés sur des endroits qui génèrent un sentiment de retrait du monde, propices à nos échanges de fond et à nos réflexions sur notre organisation. Nous nous sommes rendus compte de l’importance du beau qui infuse nos échanges discrètement.

Parmi les exemples les plus récents : un chalet dans le Beaufortain où nous avons écrit notre livre en une semaine sous la neige, une ancienne ferme dans le Trièves avec un bain norvégien où nous avons posé notre vision à l’hiver 2022, une maison en Bretagne où nous avons expérimenté pour la première fois une semaine mêlant travail opérationnel et réflexion sur notre avenir d’entreprise. Et cet été, un chalet d’alpage perché à 2400 m dans la vallée de la Maurienne, lieu dans lequel s’est produit ce que je m’apprête à partager.

Tous ces endroits ont en commun un isolement du monde, confortable pour respecter les espaces individuels, ouverts et lumineux sur la grande nature, entourés du silence des grands espaces ou du son des éléments.

Le séjour commence avec une grande randonnée en équipe — de la hauteur prise au sens littéral, avec un bon dénivelé, des paysages grandioses, un soleil éclatant. Une invitation à sortir du quotidien, à se replacer humblement dans l’immensité de la nature, à la fois individuellement et tous ensemble.

Ce premier temps génère une vraie détente, de la complicité entre les membres les plus anciens et les nouveaux arrivés depuis quelques mois. Créer des souvenirs communs hors du temps génère une connexion puissante dès le départ. Sur le chemin, des discussions à deux ou trois s’engagent par-ci par-là.

Un endroit idéal pour l’introspection et le partage

Le lendemain nous menons des Revues Radicalement Appréciatives. Il s’agit d’une heure consacrée à un membre de l’équipe, qui prend le temps de regarder les éléments de satisfaction, les obstacles rencontrés et les progrès sur une période écoulée. Puis l’équipe offre un temps de miroir : des questions, un partage de ce qu’elle trouve de précieux dans le fait de travailler avec cette personne.

C’est la première fois que nous faisons ce travail de mise au centre de chaque membre. Cela génère beaucoup d’émotions, d’écoute sincère, de partages intimes et d’ouverture mutuelle. Chaque membre est libre de partager ce qu’il souhaite, personne n’oblige personne.

Pratiquer cet exercice dans les alpages, isolés du monde, dans la douceur de l’air d’été, est une révélation pour notre équipe. Nous cherchons depuis des années des espaces d’approfondissement de nos liens — nous trouvons là un format accélérateur d’intégration. Une de nos futures associées arrivée en mai ose jouer le jeu, et en quelques heures notre complicité avec elle prend une tout autre densité.

Cette première journée d’échanges intenses se clôture avec des temps de partage en binôme avec Aliocha, que nous appelons « Tour d’Horizon ». Ces échanges ont lieu par-ci par-là durant le séjour. Aliocha peut sentir ses associés, jouer son rôle de soutien quand il le faut, de challenger quand c’est nécessaire.

Une raison d’être évolutive

Depuis notre dernier travail sur notre raison d’être il y a 3 ans, il s’est passé beaucoup de choses. Un projet de fusion qui n’a pas vu le jour, 4 nouvelles personnes arrivées, une offre qui a évolué avec une spécialisation dans les accompagnements en Holacratie. Notre équipe gagne en maturité et notre taille augmente. Le moment est venu de retravailler cette étoile polaire.

Nous utilisons les niveaux logiques de Robert Dilts pour faire un travail exploratoire, mêlé à des déplacements dans l’espace pour marquer chaque étape. Chacun se connecte à un souvenir heureux dans la SCOP, explicite les éléments de la réussite, les compétences exprimées, pour enfin formuler individuellement la mission de la SCOP. Les randonneurs qui passaient par là ont dû se demander ce que faisait ce groupe sous un parasol dans les alpages, qui se déplaçait régulièrement de quelques mètres. Tant pis, nous assumons.

Des échanges en petits groupes s’ensuivent, puis plusieurs propositions émergent. Une personne porte une raison d’être qui semble faire le plus sens. La décision est prise par consentement — non pas avec la question habituellement posée en Holacratie (« Penses-tu qu’adopter cette raison d’être pourrait causer du tort à l’organisation ? »), mais avec celle de la sociocratie, qui renvoie à un engagement plus incarné : « Peux-tu vivre avec cette raison d’être ? »

Ce choix est guidé par l’idée qu’une fois adoptée, la raison d’être demande un engagement individuel réel. Elle doit être portée, pas seulement acceptée.

Quel champ de valeurs est important pour nous ?

La seconde partie de la journée est dédiée à l’explicitation des valeurs importantes pour notre équipe — un travail nourri par notre formation récente aux principes Source. La source ( La personne Source : ce rôle invisible qui structure la hiérarchie naturelle d’un projet ) a la responsabilité de clarifier ce qui est important, ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas dans les comportements. Ces éléments constituant notre vision du monde et ce que nous attendons les uns des autres feront l’objet d’un travail que nous communiquerons dans les prochains mois.

Pour que l’agrandissement de l’équipe soit une réussite

Une journée est consacrée à identifier comment les missions de chacun peuvent évoluer et être transférées, pour assurer un volume d’activité qui permette de sécuriser les 6 nouveaux postes créés. Après la raison d’être, les valeurs et les temps de partage individuels, il était important de ne pas négliger la mise en œuvre concrète.

Et ça fait quoi de vivre une retraite en équipe quand on vient d’arriver ?

Le retour de Geneviève, arrivée en avril :

« Nouvellement arrivée dans l’équipe, vivre ce moment m’a permis de réaliser à quel point je suis en phase avec cette manière d’envisager le travail. À Bessans, nous avons consacré du temps à nourrir nos relations, prendre du recul sur la façon dont nous travaillons ensemble, échanger sur nos envies, redéfinir notre raison d’être. Nous avons également pris le temps de réaliser nos repas et de les partager, de randonner et cueillir des plantes : déconnexion garantie. C’est vraiment précieux, ça nourrit mon besoin d’authenticité dans les relations de travail, et ça m’a permis de me sentir pleinement intégrée à l’équipe. »

Le retour de Léa, arrivée en mai :

« Quelques jours avant de partir, je ressentais à la fois beaucoup d’excitation mais aussi un peu d’appréhension à l’idée de passer 4 jours isolés avec ces personnes que je côtoie seulement depuis 3 mois. Finalement ce temps suspendu m’a paru tout à fait naturel. C’était une occasion unique pour en apprendre encore un peu plus sur tous les membres de l’équipe Sémawé, mais aussi pour m’ouvrir davantage à eux. Le rythme était idéal, entre les temps de travail, les temps partagés ensemble et les temps plus personnels, introspectifs. Je suis revenue de Bessans plus motivée que jamais pour continuer à faire grandir notre organisation. »

Les dernières publications du blog de Sémawé