Il y a une croyance tenace dans le monde de l’accompagnement : pour résoudre un problème, il faut d’abord le comprendre en profondeur. Identifier ses causes, retracer son histoire, l’analyser sous toutes ses coutures. Cette logique paraît évidente — et elle est pourtant l’une des principales sources d’épuisement dans les démarches de changement.
L’Approche Centrée Solution (ACS) propose quelque chose de radicalement différent : ne pas résoudre le problème, mais construire la solution. Directement. Maintenant.
Deux postures face à une difficulté
Imaginez une équipe qui traverse une période de tensions. Elle peut passer des heures à analyser pourquoi ces tensions sont là, depuis quand, qui en est responsable, ce qui les a déclenchées. À l’issue de ce travail, souvent long et épuisant, l’énergie disponible pour changer est parfois plus faible qu’au départ. C’est ce qu’on appelle « mijoter dans l’espace du problème ».
L’ACS part d’un constat différent : ce qui compte, ce n’est pas de comprendre le problème — c’est de construire une représentation claire de l’état désiré, et de mobiliser les ressources déjà présentes pour l’atteindre. L’échange devient alors orienté vers l’avenir plutôt que vers le passé. Et c’est cette orientation qui libère l’énergie du changement.
Les origines : des thérapies brèves à l’accompagnement organisationnel
L’ACS a été développée dans les années 1980 par les travailleurs sociaux américains Steve de Shazer et Insoo Kim Berg, au Brief Family Therapy Center de Milwaukee. À l’origine utilisée pour accompagner des personnes aux prises avec des addictions ou des troubles comportementaux, l’approche s’est révélée efficace dans un spectre bien plus large — partout où une personne ou un groupe cherche à se mettre en mouvement.
Le mot « brève » ne signifie pas superficielle. Il signifie que les solutions se construisent dans le temps même de l’entretien, sans nécessiter de long travail d’analyse préalable. Les ressources mobilisées sont celles de la personne elle-même — et celles présentes dans son environnement immédiat. L’ACS repose sur une conviction fondamentale : chaque personne est experte de sa propre situation, et donc experte de la recherche de ses propres solutions.
Cette approche s’inscrit dans la lignée de la psychologie humaniste de Carl Rogers — l’écoute centrée sur la personne, la confiance dans ses ressources internes, la qualité de présence de l’accompagnant.
Ce que fait concrètement un accompagnant en ACS
La posture de l’accompagnant est celle d’un explorateur curieux, pas d’un expert qui sait. Il ne cherche pas à comprendre le problème — il cherche les braises sur lesquelles souffler.
Concrètement, cela passe par un questionnement orienté solution qui explore plusieurs directions :
Les exceptions — les moments où le problème n’est pas présent, ou moins présent. Ces moments existent presque toujours. Les identifier révèle des ressources déjà actives.
La débrouillardise — comment la personne fait-elle face, malgré la difficulté ? Quelles ressources mobilise-t-elle déjà sans s’en rendre compte ?
L’échelle d’évaluation — une façon de prendre de la distance et de visualiser concrètement les possibilités de progression. « Sur une échelle de 1 à 10, où en êtes-vous ? Qu’est-ce qui vous permettrait de passer de 4 à 5 ? »
La projection dans le futur — visualiser le moment où le problème n’existera plus, décrire en détail cet état désiré. Cette technique, souvent appelée « question miracle », active quelque chose que l’analyse du passé ne peut pas activer.
Cette écoute s’appuie sur ce que Carl Rogers appelait l’écoute active — une présence totale à la personne, au-delà des mots, dans le moment présent.
Ce que ça change dans un accompagnement d’équipe
L’ACS n’est pas réservée au coaching individuel. Elle est particulièrement puissante dans les contextes collectifs — équipes traversant des tensions, organisations en transformation, groupes qui peinent à se projeter vers un avenir commun.
Là où une réunion de résolution de problème peut générer plus de frustration qu’elle n’en résout, une démarche orientée solution crée un espace différent. Les personnes sortent de la posture défensive pour entrer dans une posture contributive. On ne cherche plus à avoir raison sur ce qui a mal fonctionné — on cherche ensemble ce qui pourrait fonctionner mieux.
Chez Sémawé, nous intégrons l’ACS dans nos accompagnements individuels et collectifs, notamment dans les phases de transformation organisationnelle où les équipes ont besoin à la fois de structure et d’élan. Nous avons été formés à cette approche par Agnès Muir Poulle de l’entreprise Maraé, spécialiste de l’ACS et de l’accompagnement orienté solutions.
L’ACS résonne particulièrement bien avec d’autres approches que nous pratiquons — la Revue Radicalement Appréciative, qui part elle aussi du « noyau de réussite » plutôt que des dysfonctionnements, et le coaching individuel tel que le pratique Alessandro Attanelli d’Evolusens, dont plusieurs membres de l’équipe Sémawé ont suivi la formation.
Pour aller plus loin
Si cette approche vous intéresse pour votre organisation — qu’il s’agisse d’accompagner un dirigeant, une équipe en tension, ou une transformation en cours — découvrez notre approche de l’accompagnement ou prenez contact directement.
