En tant que formatrice, je me questionne régulièrement sur mes pratiques. La question de l’accessibilité aux personnes porteuses d’un handicap est longtemps restée dans mon angle mort — non par indifférence, mais parce que je n’y étais pas confrontée et que je n’avais pas de réponse toute faite. C’est une rencontre avec l’équipe du Messageur qui m’a fait passer à l’action.
La situation de départ
Une partie de l’équipe du Messageur est venue dans les locaux de Sémawé à Grenoble pour une formation de quatre jours sur l’Holacratie. Parmi les participants, Coline, chargée d’innovation au Messageur, est malentendante. Pour qu’elle puisse participer dans les mêmes conditions que les autres, nous avons mis en place un dispositif d’accessibilité sonore et de sous-titrage en direct.
Concrètement : toutes les prises de parole — les miennes et celles des participants — devaient passer par un microphone. Le son était transmis dans les aides auditives de Coline et dans le casque d’interprètes de l’écrit qui réalisaient à distance un sous-titrage en direct, affiché sur un écran dans la salle.
Ce que ça a changé dans mon animation
Je vais être directe : j’appréhendais. Pas le dispositif en lui-même, mais l’idée de changer mes habitudes d’animation en plein milieu d’une formation.
Ce qui s’est passé m’a surprise.
Le micro fonctionnait comme un bâton de parole naturel. Les gens ne pouvaient plus se couper la parole — ce qui m’a dispensée d’une partie de mon travail de distribution de la parole. J’ai parlé plus lentement, alors que je suis plutôt quelqu’un qui parle vite. J’ai fait quelques blagues, mais triées sur le volet et uniquement quand j’avais le micro — ce qui m’a aidée à conserver une posture plus neutre.
Les participants qui connaissaient déjà ce type de dispositif ont été des relais attentifs. Ceux qui le découvraient ont rapidement pris le pli. Au tour de clôture de fin de session, plusieurs ont dit avoir apprécié la manière de prendre la parole tour à tour, le rythme des échanges, et le fait que le sous-titrage affiché à l’écran leur permettait de rattraper certains propos.
Une anecdote qui dit tout : les jours suivants, en animant une assemblée générale, je continuais à dire mon prénom avant chaque prise de parole — le réflexe était acquis.
Pour Coline, le bilan était clair : « Tout le monde s’est bien adapté au besoin d’accessibilité. J’ai pu participer dans un cadre sécurisant, ce qui permet d’être soi-même. »
Les règles du jeu, simples à mettre en œuvre
Deux règles suffisent pour rendre une formation accessible dans ce cadre :
Prendre systématiquement le microphone pour intervenir. Commencer chaque prise de parole en disant son prénom.
C’est tout. Deux principes qui s’écartent légèrement des habitudes, mais qui s’adoptent rapidement — et qui bénéficient à l’ensemble du groupe, pas seulement à la personne concernée.
Ce que ça dit de nos obligations en tant qu’organisme de formation
Sémawé est certifié Qualiopi. Le référentiel Qualiopi impose aux organismes de formation de prendre en compte l’accessibilité des personnes en situation de handicap — c’est le critère 2, indicateur 8. Ce n’est pas une option ni une bonne intention : c’est une exigence de la certification.
Cette expérience m’a montré qu’il est possible de répondre à cette exigence de manière concrète, sans ingénierie pédagogique complexe, et avec des effets positifs pour l’ensemble des participants.
Si vous êtes responsable de formation ou responsable RH et que vous avez des collaborateurs sourds ou malentendants dans vos équipes, sachez que nous pouvons adapter nos formations en conséquence. Prenez contact avec nous pour en discuter.
Pour aller plus loin
Le Messageur a co-écrit avec l’association SurdiFrance un guide pratique : 20 conseils pour rendre une formation accessible à des personnes malentendantes — une ressource concrète et directement utilisable.
Pour toute question sur l’emploi des personnes en situation de handicap et les obligations des employeurs, l’Agefiph est la référence en France.
