5 objections non valides en Holacratie : comprendre pourquoi elles ne fonctionnent pas

Cet article s’inspire d’un texte de Chris Cowan, praticien certifié Holacratie chez HolacracyOne, traduit et retravaillé par Juliette Brunerie. Il propose une première approche du sujet de l’objection en réunion de gouvernance.

Lire aussi l’article sur la bonne manière de tester les objection en Holacratie.

Article original : Holacracy Basics: Understanding Objections, Chris Cowan.

Certains aspects de la pratique de l’Holacratie demandent plus d’attention que d’autres. Les objections et leur test en font partie. Rien ne vaut l’expérience — mais ces exemples et métaphores peuvent aider à mieux comprendre le principe avant de le vivre.

Qu’est-ce que la gouvernance ?

Pour comprendre ce que sont les objections, il faut d’abord saisir quel genre de décisions peuvent être prises dans une réunion de gouvernance en Holacratie. La gouvernance est une carte unique des attentes récurrentes, des restrictions et des domaines d’autorité de l’organisation. Une sorte de carte routière.

Une proposition est donc une suggestion pour mettre à jour cette carte. Lorsqu’une personne lève une objection en réunion de gouvernance, elle dit : « Je pense que faire cette modification serait néfaste pour la carte de notre organisation. »

Comment peut-on abîmer une carte ? En la rendant inexacte, confuse ou peu claire.

Lorsque quelqu’un objecte une proposition en disant « Nous n’avons pas le temps de faire cela », on peut demander : « Une carte alloue-t-elle des ressources de temps ? » La réponse est non. Une carte des États-Unis ne dit rien de comment se rendre de New York en Virginie ni des ressources nécessaires pour le trajet. Elle montre simplement des chemins possibles.

De la même façon, la gouvernance d’une organisation est une carte qui explique où peuvent être adressées les demandes. C’est pourquoi on ne prend jamais de décision opérationnelle en réunion de gouvernance. Les réunions tactiques servent à travailler dans l’organisation, la gouvernance à travailler sur l’organisation. Cette distinction n’est pas intuitive — elle est pourtant centrale pour comprendre le principe de l’objection.

Qu’est-ce qu’une objection ?

En Holacratie, une objection est une raison logique qui prouve que la proposition cause du tort. Une raison, dans ce contexte, est un argument qui peut être évalué logiquement sans nécessiter une observation ou une expérience concrète. Par exemple, l’argument « J’ai faim, j’ai donc besoin de manger » est logiquement cohérent même si vous n’avez aucune idée de si j’ai vraiment faim.

Une raison connecte une cause et son effet. C’est ce qu’on entend lorsqu’on dit que le Facilitateur « ne juge pas » les arguments. Il ne juge pas si la raison correspond à la réalité, mais si la raison telle que présentée paraît saine — autrement dit, si elle paraît raisonnée, pas seulement raisonnable.

Un Facilitateur ne peut jamais vraiment savoir si une objection est valide ou non. Il peut seulement tester comment les choses sont exprimées. Il ne teste pas le tort causé, mais si l’objecteur croit qu’un tort va être causé. La clarté de l’objection est déterminée par la capacité de l’objecteur à exprimer sa tension.

Techniquement, n’importe quel argument donné par un objecteur est par définition une objection. Mais une objection valide doit exprimer comment la proposition va nécessairement créer du tort à l’un des rôles énergisé par l’objecteur. Ces critères sont présents dans le processus de test des objections.

Note : lever une objection non valide n’est jamais une mauvaise chose. Ne pré-filtrez pas votre objection en vous demandant si elle sera jugée valide. Tout comme une proposition, toute information peut être le point de départ d’une objection.

Qu’est-ce qu’un tort ?

Le premier critère de la Constitution Holacratie dit : si la tension restait non traitée, la capacité du cercle à exprimer sa raison d’être ou à mettre en œuvre ses redevabilités serait dégradée. La tension n’est donc pas déclenchée par une meilleure idée ou une potentielle amélioration future, mais parce que la proposition ferait reculer le cercle dans sa capacité actuelle. Dans ce cadre, réduire la clarté est une dégradation, échouer à la renforcer ne l’est pas.

Voici cinq formulations fréquentes d’objections qui, telles que présentées, ne sont pas valides au sens de la Constitution — et pourquoi.

5 objections non valides et ce qu’elles révèlent

« Nous devons ajouter X à cela… » ou « Cela appartient au rôle Finance »

Il n’y a que des solutions, pas de problèmes. Une objection doit décrire un tort. Quand cela se présente en facilitation, on peut dire : « Cela semble être une bonne solution, mais à quel problème ? Quel est le tort si on n’applique pas ce que vous proposez ? »

« Je n’aime pas cette proposition » ou « Je ne suis pas d’accord »

Il n’y a rien de mal à avoir un avis marqué, mais on ne cherche pas le consensus. Quand vous déjeunez avec des collègues, vous n’avez pas besoin de leur accord pour décider de ce que vous allez commander. De la même façon, une proposition est une solution que vous commandez pour résoudre votre propre tension. En revanche, si votre commande impacte directement la personne à côté de vous — comme commander du thon quand elle ne peut pas supporter l’odeur — alors c’est une objection potentiellement valide.

« Nous n’en avons pas besoin » ou « Cela ne résout rien »

Ces formulations décrivent la neutralité, pas le préjudice. En réunion de gouvernance, une absence d’amélioration de la carte est parfaitement acceptable. Une objection valide est une raison pour laquelle la proposition rendrait la carte pire qu’avant la réunion.

« Oui, cela va causer du tort »

Cette réponse ne renseigne sur rien — mais elle est très courante. Elle se produit souvent quand un Facilitateur stressé a raté le tort initialement décrit et pose mécaniquement la question « Est-ce que cela va causer du tort ? » L’objecteur, ayant déjà décrit le tort, répond à cette question étrange par un « Oui, du tort. » Le Facilitateur doit alors clarifier : « Quel tort voyez-vous ? J’ai dû le rater — pouvez-vous le reformuler ? »

« Ce n’est pas le vrai sujet »

Il est possible qu’il y ait d’autres sujets importants à traiter — mais ce n’est pas la préoccupation pendant le tour d’objection. On travaille une proposition à la fois, à l’exclusion de tous les autres sujets. Imaginez un chirurgien en pleine intervention qui réalise qu’il a oublié de fermer la porte de son garage. C’est important — mais ça attendra. L’objecteur peut simplement ajouter un point à l’ordre du jour : il sera traité ensuite.

En résumé

La gouvernance est une carte. Les objections sont des raisons logiques, pas des préférences ou des désaccords. Une objection valide décrit précisément le tort que la proposition causerait à la capacité actuelle du cercle — et rien d’autre.

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