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S’il y a une critique de l’Holacratie que j’entends encore et encore, c’est à chaque fois une déclinaison de ce sujet :
« L’Holacratie est trop rigide. Les gens ne sont pas des robots. C’est inhumain ! »
C’est une idée fausse, mais je comprends d’où elle vient. Surtout au début, les processus de réunion peuvent sembler rigides et restrictifs. Il peut sembler gênant et peu naturel de suivre un nouvel ensemble de règles plutôt que de faire les choses comme on les a toujours faites. Mais une fois que les gens ont surmonté cette transition initiale, voici ce qu’ils découvrent : l’Holacratie est en fait le système le plus « humain » qui soit pour diriger une organisation.
L’Holacratie honore certaines des meilleures parties de notre humanité, et nous met au défi de nous développer et de devenir plus humains, pas moins. Voici quatre façons dont la pratique de l’Holacratie fait ressortir le meilleur des personnes.
Chacun son tour
Les processus de réunion en Holacratie comprennent des règles très précises concernant les personnes qui peuvent prendre la parole et le moment où il est approprié ou non pour les autres de répondre. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le système, c’est souvent un point de friction. « Que voulez-vous dire, je n’ai pas le droit de dire ce que je pense ou ce que je ressens ? Je ne suis pas un robot — j’ai des sentiments, et j’ai le droit de les exprimer ! »
Voici le problème que pose cette approche. Avez-vous déjà pris conscience de quelque chose qui pourrait fonctionner mieux qu’il ne le fait aujourd’hui ? En Holacratie, nous appelons cela une « tension » — le sentiment d’un écart entre ce qui est et ce qui pourrait être. Vous apportez votre tension à une réunion, dans l’espoir d’apporter un changement et d’améliorer la situation. Les mots sont à peine sortis de votre bouche qu’un collègue intervient. « Oui, je suis d’accord que X ne fonctionne pas. Mais vous savez quoi ? Y ne fonctionne pas non plus ! » Avant que vous ne vous en rendiez compte, chacun a ajouté ses propres tensions sur la table, et vos tentatives de créer un changement dans un domaine spécifique sont bloquées.
Les réunions en Holacratie sont conçues pour éviter cette situation courante et frustrante. Elles protègent l’espace pour qu’une personne puisse faire émerger une tension, proposer une solution et initier réellement un changement significatif. Pour ce faire, les processus de réunion ne permettent pas aux autres personnes d’empiler simplement leurs propres réactions et les problèmes qui y sont liés. Cela peut sembler rigide ou inhumain, mais en fait, c’est profondément respectueux de l’être humain qui fait la proposition.
Et pour tous les autres, cela leur demande simplement de mettre en pratique une compétence humaine fondamentale que nous apprenons tous dès l’enfance : le tour de rôle. Les jeunes enfants ont du mal à être patients, à faire de la place aux autres, à permettre aux autres de passer en premier. Lorsqu’ils maîtrisent cette compétence, c’est une étape importante de leur développement. Malheureusement, en tant qu’adultes, nous semblons oublier les leçons de la cour de récréation lorsque nous nous asseyons autour d’une table avec nos collègues.
En Holacratie, chacun a l’occasion de traiter ses propres tensions et de partager ses idées. Mais afin de donner à chaque personne un espace sûr pour le faire, nous ne pouvons pas tous parler en même temps, et les tensions doivent être traitées une à une. Il est demandé à chacun de faire preuve de patience, de suspendre son jugement, d’écouter et d’honorer son collègue de son attention. Si ce ne sont pas là des vertus humaines, je ne sais pas ce que c’est.
Honorer la créativité humaine
Lorsque je pense à ce qui fait de nous des êtres humains, l’une des choses qui me frappe est notre créativité. Nous remarquons les problèmes et nous trouvons des solutions. Notre conscience peut sentir quand quelque chose ne fonctionne pas — une « tension » — et nous imaginons comment cela pourrait fonctionner mieux. Nous ne nous contentons pas de faire au mieux avec les choses telles qu’elles sont. L’Holacratie est conçue spécifiquement pour exploiter et honorer cette capacité humaine unique.
Trop souvent, dans les organisations, nous éprouvons une grande frustration parce que nous pouvons sentir des tensions mais nous n’avons pas la capacité de les transformer en améliorations créatives. Lorsqu’une organisation fonctionne en Holacratie, chacun a la possibilité de traiter ses tensions. La créativité et l’ingéniosité humaines deviennent l’outil le plus précieux de l’entreprise — non seulement pour créer de nouveaux produits ou services, mais aussi pour améliorer en permanence la façon dont les gens travaillent ensemble et s’organisent. Le résultat, pour chaque être humain dans une organisation en Holacratie, est une expérience beaucoup plus enrichissante : celle d’être un partenaire créatif plutôt qu’un rouage du système.
Encourager la conscience de soi
Une autre capacité qui différencie les humains est la conscience de soi. La conscience humaine peut réfléchir sur elle-même. Nous pouvons observer l’émergence de nos pensées, de nos sentiments et de nos réactions, et faire des choix quant à ceux sur lesquels nous agissons. Nous ne sommes pas de simples esclaves de nos instincts. L’Holacratie invite les personnes à exercer ce don — à devenir plus conscientes d’elles-mêmes et, le cas échéant, à faire preuve de maîtrise de soi lorsque c’est le tour de quelqu’un d’autre de s’exprimer. Je ne suggère pas que nous devions supprimer notre humanité, dans tout son désordre, mais je pense qu’il est sain d’apprendre à ne pas se laisser guider aveuglément par elle.
Nos réponses instinctives peuvent être très puissantes. L’inquiétude, l’excitation, la compétitivité, l’inspiration, le jugement, le soulagement, la défensive — toutes ces réactions et bien d’autres peuvent surgir lorsque nous écoutons quelqu’un d’autre traiter sa tension. Si nous n’avons pas conscience de nous-mêmes, nous pouvons ne pas nous rendre compte des sentiments qui motivent nos réactions. Lorsque le facilitateur nous coupe la parole ou que nous nous surprenons à vouloir parler à tort et à travers, cela met en lumière ce qui nous motive. La réflexion qui en résulte peut ne pas être confortable, mais elle nous aidera à mieux nous connaître.
Dans le processus, je crois que nous devenons de meilleurs êtres humains, avec une conscience de soi et une maîtrise de soi plus profondes. On parle beaucoup de « pleine conscience » dans le monde de l’organisation. L’Holacratie offre la possibilité de mettre la pleine conscience en pratique, tous les jours, et de créer ainsi des lieux de travail plus conscients.
Traiter les gens comme des adultes
Au début du développement de l’Holacratie, nous faisions du remue-méninges pour trouver des slogans marketing, et ma femme et partenaire commerciale Alexia Bowers a suggéré, à moitié en plaisantant, « Organisation pour adultes ». J’ai toujours pensé que c’était l’une des descriptions les plus précises de ce que l’Holacratie cherche à atteindre.
Ceux qui considèrent l’Holacratie comme « inhumaine » se plaignent souvent qu’elle ne s’occupe pas assez des gens. Et c’est vrai — le processus n’est pas conçu pour prendre soin de tout le monde ; il est conçu pour permettre aux gens de prendre soin d’eux-mêmes, grâce au traitement des tensions. Trop d’organisations adoptent une relation paternaliste avec leurs employés. Les hiérarchies managériales modernes traitent presque inévitablement les gens comme des enfants, qu’il faut superviser, à qui il faut dire quoi faire et dont il faut s’occuper.
L’Holacratie honore la souveraineté de chaque personne, en la considérant comme parfaitement capable de se gérer elle-même, de conduire ses projets, de rester motivée et de prendre soin de ses propres besoins. En d’autres termes, elle les traite comme des adultes. Elle ne traite pas les gens comme des subordonnés qui ont besoin d’être gérés, motivés ou maternés. Elle les considère comme suffisamment matures pour gérer leurs propres flux de travail, diriger leurs propres rôles et rechercher l’aide et les ressources dont ils ont besoin pour le faire.
Cela ne veut pas dire que les gens n’ont pas besoin d’un espace sécurisé pour s’épanouir. Des chercheurs de la division « People Operations » de Google ont mené une étude sur plusieurs années pour déterminer ce qui fait la réussite d’une équipe et ont découvert que le sentiment de « sécurité psychologique » était de loin la caractéristique la plus importante. Les processus de réunion structurés en Holacratie contribuent à créer ce sentiment de sécurité en protégeant le droit de chaque individu à traiter ses tensions.
Il est donc vrai que l’Holacratie ne prend pas soin des gens. Cependant, plutôt qu’être inhumain, il s’agit d’une approche plus humaine : donner aux gens l’espace et la sécurité nécessaires pour exercer leur créativité, protéger leur droit de le faire, les encourager à développer une conscience de soi et les traiter comme des adultes. C’est ce genre d’humanité dont nous avons besoin sur nos lieux de travail.
Article original de Brian Robertson, disponible sur holacracy.org.
Traduit de l’anglais par Emma Louwagie, Sémawé.
