11 clés pour mieux tester les objections en Holacratie

Cet article s’inspire d’un texte de Chris Cowan, praticien certifié Holacratie chez HolacracyOne, traduit et retravaillé par Sémawé. Il fait suite à notre article 5 objections non valides en Holacratie et s’adresse aux Facilitateurs qui veulent approfondir leur pratique du test des objections.

Article original : A Better Way to Test Objections in Holacracy, Chris Cowan.

Tester une objection, c’est travailler avec l’objecteur pour déterminer si l’objection est valide.

1. Ce que le Facilitateur juge vraiment

Le Facilitateur doit juger si l’argument de l’objecteur est raisonné et non pas s’il est raisonnable. Il ne juge pas la vérité de l’argument. Il doit simplement vérifier qu’il y a un argument. La confusion la plus fréquente pour les Facilitateurs est de penser qu’ils doivent évaluer la véracité ou la valeur de l’argument, alors qu’ils évaluent simplement la façon dont l’argument est construit.

La bonne façon de penser quand on fait passer le test des objections est celle-ci. Imaginez que je dise : « Donnez-moi un verbe qui décrit quelque chose que vous avez fait hier. » Si vous répondez « radiateur », je peux invalider votre réponse parce que c’est un nom, pas un verbe. Le Facilitateur évalue le type de construction, pas le contenu.

La plupart des Facilitateurs pensent que le test ressemble plutôt à : « Donnez-moi un verbe qui décrit quelque chose que vous avez fait hier. » Et vous répondez « j’ai fabriqué un radiateur », et le Facilitateur dit : « Ce n’est pas une réponse valide parce que vous ne l’avez pas vraiment fait. » Ils évaluent incorrectement le contenu en essayant de se faire leur propre idée de la réalité ou non de l’argument.

Donc, quand une objection doit décrire un tort, cela signifie littéralement, techniquement : la phrase est une déclaration sur un tort. Si l’objecteur dit « Objection… cette redevabilité devrait être sur un rôle différent », c’est une déclaration sur une solution, pas sur un tort. Si l’objecteur dit « Je ne pense pas que ce soit nécessaire », est-ce une déclaration sur un tort ? Non. Ni « Je n’aime pas ça » ni « Ce n’est pas nécessaire ». En revanche, si quelqu’un dit « Objection… cette redevabilité va m’incommoder très légèrement », est-ce une déclaration sur un tort ? Oui, même si elle peut échouer à d’autres critères.

2. Arguments et intentions : le Facilitateur n’a pas à psychanalyser

Les objections sont des arguments. Ce qui signifie qu’on ne peut évaluer que ce que l’objecteur nous dit explicitement. Donc, même si vous pensez qu’il existe une objection valide à intégrer, mais que l’objecteur est incapable d’articuler comment sa tension répond à tous les critères de validité, vous vous en tenez à ce qu’il dit.

Par ailleurs, lors du test, le Facilitateur peut poser autant de questions de suivi que nécessaire pour comprendre comment l’argument est logique, sans nécessairement être d’accord avec la logique. C’est pourquoi il est généralement plus clair pour un Facilitateur de dire « J’ai besoin d’entendre le tort » plutôt que « J’ai besoin de comprendre le tort ». Le Facilitateur ne peut évaluer que ce qui est explicitement exprimé, pas ce qui est implicite ou déduit.

C’est aussi pourquoi j’encourage les Facilitateurs, surtout au début, à noter les objections avant de les tester. Invitez simplement l’objecteur : « Pouvez-vous compléter la phrase : « Mon objection est… » ? » et demandez au Scribe de noter ce qu’il dit. Ce n’est pas le travail du Facilitateur de deviner ce que l’objecteur veut dire. Seulement de tester ce qu’il dit.

3. Les objections sont des arguments distincts

Les objecteurs peuvent avoir autant d’objections qu’ils le souhaitent, donc il n’y a aucune pression pour qu’ils formulent un seul argument et s’y tiennent. Ils peuvent en donner plusieurs à la fois, ou donner une objection puis inconsciemment commencer à parler d’une autre. C’est très bien.

Le rôle du Facilitateur est d’aider à garder ces arguments distincts pour qu’ils puissent être testés séparément, sans donner l’impression que l’objecteur doit construire un dossier. Donnez de l’espace aux objecteurs. Laissez-les développer : « …et je pense que c’est une mauvaise idée parce que… » C’est tout à fait acceptable, l’objectif est uniquement de recueillir les arguments.

4. Les objections sont comme des propositions

Un Facilitateur devrait capturer une objection exactement telle que l’objecteur la formule. Traitez-la comme une « objection de départ ». Nous n’avons pas besoin d’une objection parfaitement claire dès le début. C’est précisément pour ça que le test existe : pour aider l’objecteur à déterminer si son argument répond à tous les critères.

En invitant l’objecteur à compléter la phrase « Mon objection est… », s’il dit « Je pense que ce n’est pas nécessaire et que ça va probablement créer un problème avec l’emballage », capturez les deux éléments : 1) Je pense que ce n’est pas nécessaire, 2) Ça va probablement créer un problème avec l’emballage. Le Facilitateur peut alors vraiment aider l’objecteur à se concentrer. Cela rend le test infiniment plus facile.

5. Ce qu’on entend par « le Facilitateur ne juge pas »

Puisqu’une objection est une tension et que les tensions sont ressenties, c’est l’objecteur seul qui détermine en réalité si elle est valide ou non. Le Facilitateur l’aide simplement à prendre du recul sur sa tension, car il est généralement difficile de voir par soi-même les choses sous tous les angles nécessaires. C’est comme essayer de se coiffer sans miroir.

C’est pourquoi la position par défaut est toujours de considérer l’objection comme valide et d’essayer de l’intégrer. Le Facilitateur devrait agir comme un scientifique : aider l’objecteur à trianguler sa tension et à voir si elle répond aux critères de validité. Méfiez-vous si vous facilitez et que vous sentez que vous commencez à avoir un avis sur la validité de l’objection : ingérence en vue.

6. Beaucoup d’objections viennent d’une incompréhension de la gouvernance

De nombreuses objections résultent d’une incompréhension de ce qu’est la gouvernance. Toutes les objections valides sont basées sur des propositions, et les propositions ne modifient que la gouvernance. Donc mal comprendre ce que signifie un changement de gouvernance génère des objections invalides.

Souvenez-vous que la gouvernance est une cartographie fonctionnelle de l’organisation. Demandez-vous : « Comment redessiner une carte peut-il être néfaste ? » Quand on trace une nouvelle route, on ne coule pas physiquement du béton. La carte n’est pas le territoire. Donc des objections comme « Je n’ai pas le temps de faire ça » ou « C’est du gaspillage » sont probablement invalides, car la gouvernance n’alloue pas de ressources. En revanche, des objections indiquant que la proposition rendrait la gouvernance confuse, inexacte, ou empêcherait quelqu’un de faire quelque chose de nécessaire, sont bien des objections qui répondent au critère 1 (crée un tort) et au critère 2 (basé sur la proposition).

7. Les critères déterminent la validité et les questions de test ne sont qu’une bonne pratique

Les questions de test sont des outils développés pour distinguer les objections valides des autres types de tensions, mais vous pouvez en réalité déterminer cela de la façon qui vous convient. Par exemple, si vous reprenez les mots de l’objecteur en reformulant son objection en quelque chose que vous pourriez mieux identifier comme valide ou invalide, cela peut probablement l’aider. Si vous dites vraiment quelque chose de différent de ce qu’ils disait, ils vous le dira. Il n’y a donc rien de mal à explorer une objection de différentes manières, tant que vous n’avez pas un projet pour l’objecteur.

8. Remplissez les blancs

Étant donné les 5 critères de validité, toute objection a théoriquement une construction idéale, c’est-à-dire que l’argument pourrait être formulé de façon à décrire clairement comment il satisfait tous les critères. Je trouve cela utile comme grille pour découvrir des informations précieuses même quand l’objecteur n’est pas clair.

Le jeu, pour le Facilitateur, consiste à cocher mentalement les critères déjà satisfaits, puis à poser des questions sur ceux qui ne le sont pas. C’est du « remplissage de blancs » : « Modifier X va causer le tort Y, ce qui limite mon rôle Z… » Le test consiste simplement à remplir les pièces manquantes. Une fois tous les blancs remplis, vous avez une objection valide.

9. Une bonne séquence de test : 1, 2, 3 puis 4

Il existe une séquence logique pour déterminer si une objection satisfait les critères de validité.

Commencez toujours par le critère 1 (crée du tort). C’est toujours le premier critère à satisfaire, car tous les autres critères et leurs questions portent sur le tort lui-même. Si l’objecteur n’a pas décrit le tort, revenez-y systématiquement.

Passez ensuite au critère 2 (depuis quel rôle vous objectez). C’est le moins susceptible d’être formulé spontanément par l’objecteur, car clarifier le rôle, c’est-à-dire la perspective, qui ressent la tension est généralement secondaire par rapport au ressenti immédiat. C’est un filtre particulièrement efficace et élégant, car il peut aider à éviter des objections plus complexes et plus difficiles à tester.

Puis le critère 3 (Est-ce une préoccupation basés sur la proposition ?). Les critères 2 et 4 nécessitent tous deux de comprendre ce qu’est vraiment la gouvernance, mais le critère 2 est plus facile à saisir car il ancre l’objecteur dans la gouvernance actuelle plutôt que dans la gouvernance proposée.

Réservez le critère 4 (Anticipatoire ? ) pour la fin. C’est de loin le critère le plus mal compris, tant par les Facilitateurs que par les objecteurs. Souvent simplifié à tort en « Est-ce assez sûr pour être essayé ? », ce critère invalide beaucoup trop d’objections valides. À moins d’être sûr à 100% de comprendre ce qu’il signifie, gardez-le pour la fin.

10. « Crée de la confusion » satisfait généralement les critères 1 et 4

Un objection qui dit « Cela crée de la confusion » mérite une mention spéciale car un bon Facilitateur remarquera que cela satisfait déjà le critère 4 : l’objection n’est pas anticipatoire. Les Facilitateurs se trompent souvent en demandant : « Etes-vous VRAIMENT sûr que ce sera source de confusion ? Quelles données factuelles avez-vous ? » C’est une question injuste, basée sur leur propre incompréhension du critère.

La priorité pour le Facilitateur devrait être de déterminer si la confusion de l’objecteur est vraiment nécessaire à résoudre :

  1. La confusion est-elle vraiment dommageable, ou l’objecteur ressent-il la tension parce qu’il ne comprend pas qu’il peut utiliser sa propre interprétation ? (Vous pouvez l’expliquer et demander : « En sachant cela, avez-vous toujours votre objection ? ») ;
  2. et/ou : L’objecteur a-t-il des rôles (critère 2) qui nécessitent que la confusion soit résolue ?

Ces questions sont bien plus efficaces que la question générique sur la carte.

11. Testez chaque critère indépendamment

Testez chaque critère d’objection 1, 2, 3 et 4, séparément. Chacun se concentre uniquement sur sur fait de savoir si une objection atteint le seuil de ce critère, et aucun autre.

C’est important parce qu’une objection comme « Cela pourrait créer de la confusion pour quelqu’un d’autre » satisfait réellement le critère 1: elle déclare un tort, la « confusion ». Elle pourrait ne pas satisfaire le critère 3 (anticipatoire et non réversible) ou le critère 4 (depuis votre rôle), mais l’objection doit être invalidée selon ces critères 3 ou 4, pas selon le critère 1.

Les Facilitateurs échouent à faire cela quand ils entendent l’objection mais confondent les critères dans leur tête et commencent à argumenter avec l’objecteur : « Eh bien… si ça impacte un autre rôle, alors ce n’est pas NÉFASTE pour votre rôle » ou « Eh bien… si vous dites que ça « pourrait » être un problème, alors vous ne déclarez pas vraiment un TORT… » .

Ni l’un ni l’autre n’est correct. L’objecteur a bel et bien déclaré un tort, c’est simplement que son argument échouerait probablement à d’autres critères.

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