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La raison d’être de Sémawé

Quelle est la raison d’être de Sémawé ? Comment et pourquoi évolue-t-elle ? Dans cet entretien réalisé en 2022, Aliocha Iordanoff, fondateur et source de Sémawé, raconte le passage d’une raison d’être tournée vers l’externe (« la propagation des systèmes émancipateurs ») à une formulation centrée sur soi (« être une organisation intégrative »), inspirée de la spirale dynamique. Il explique ce que ça implique de viser un fonctionnement où coexistent en conscience tous les niveaux de valeur — affirmation, normatif, rationnel, empathique — sans hiérarchie entre eux.

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Martin : Aliocha, cet été vous avez travaillé sur une nouvelle raison d’être, est-ce que tu pourrais nous l’expliquer ?

Aliocha : La raison d’être de Sémawé actuellement, telle qu’on a été capable de l’exprimer la dernière fois qu’on y a travaillé, c’était au mois de juillet 2022, c’est être une organisation intégrative. C’est pas la première mise à jour qu’on fait cette raison d’être, on la réécrit régulièrement. On a fait le choix d’exprimer cette raison d’être quand on a mis en place une gouvernance en Holacratie, donc c’est le moment où on s’est transformé en coopérative, parce que tout simplement en Holacratie la raison d’être est vraiment le pivot du système puisque l’ensemble de l’organisation est mise au service de cette raison d’être par l’entremise d’un système d’organisation qui est l’Holacratie. On a eu plusieurs versions qui étaient plus ou moins satisfaisantes. C’est un exercice, en fait, difficile. Surtout quand on veut que ce soit un peu incarné et qu’on veut y mettre ses tripes.

Aliocha : Et en même temps, une raison d’être, ça n’est pas un slogan, ça n’a pas un but de communication ou de marketing. Ça a vraiment pour vocation d’exprimer quel est le plus haut potentiel qu’on pense être capable d’exprimer. Donc, finalement, quelle valeur on a envie de proposer au monde et pourquoi on est là. Pourquoi, en deux mots. Je pense qu’une bonne raison d’être, ça doit nous mettre relativement en tension, au sens où on entend le mot tension, en Holacratie, c’est-à-dire que ça doit nous permettre de sentir presque physiquement, j’ai envie de dire, cette différence de potentiel qu’il existe entre là où on est aujourd’hui et là où on pourrait être, là où on pense qu’on est capable d’aller. Enfin, je ne sais pas si c’est une question d’être capable d’y aller, mais d’avoir envie d’y aller.

Aliocha : Donc effectivement, cet été, au mois de juillet, on a vécu un processus ensemble, avec toute l’équipe, mise à jour de cette raison d’être. Alors on a utilisé une méthode qui est inspirée des niveaux logiques de Robert Dilts. On est dans un endroit absolument magnifique. Je pense que l’espace, le cadre, joue pour beaucoup. On était vraiment en montagne, dans les alpages de Savoie, au pied d’un magnifique glacier. C’était une belle journée, assez haut en altitude, un endroit où on ne voit pas le fond des vallées. Et donc cet endroit un peu perché était plutôt inspirant. Et ce processus d’écriture, il nous a pris la journée.

Aliocha : Il est passé par différentes étapes et on est parti de choses très concrètes et en même temps inspirantes pour cheminer dans ces niveaux logiques et arriver à la fin à l’expression d’une sorte de vision du monde un peu agrégée des personnes qui étaient là dans cet exercice, suite à quoi on a formulé cette raison d’être. Alors, être une organisation intégrative, c’est un changement assez important de la manifestation de notre raison d’être. Au fond, je ne sais pas si c’est la raison d’être qui change ou si c’est sa manifestation. L’histoire que je me raconte, c’est que chaque fois qu’on y retravaille, on lui trouve une nouvelle formule, comme si on, à mesure de tailler un habit autour de cette raison d’être, il est de plus en plus ajusté, taillé parfaitement, etc.

Aliocha : Mais je ne suis pas sûr qu’au fond, elle change tant que ça, la raison d’être. C’est juste que les mots placent une forme de distance avec ce qu’on sent. Et donc, au plus on travaille ces mots, au plus on les mûrit, on vit une expérience, au plus on arrive à s’en approcher. C’est un peu comme ça que j’ai l’impression de le vivre. Quand on a cherché une formule, parce qu’évidemment il y a un moment, une fois qu’on s’est beaucoup parlé, qu’on s’est ressenti les uns les autres, qu’on a vibré ensemble toute une journée, on a cherché comment écrire cette formule en quelques mots, on voulait que ce soit concis pour que ce soit dense et fort. Il y a un truc qui m’est apparu comme une évidence, c’est que j’avais très envie qu’elle commence par le verbe être.

Aliocha : C’est-à-dire que, en termes de but ultime, que je recherche, et là on vient de faire un travail sur les sources globales, en tant que sources globales, ce qui m’importe au-delà de toute chose, c’est quelque chose qui est dans l’être, beaucoup plus que dans la manière de faire, ou dans la manière de proposer quelque chose au monde, ou dans comment est-ce qu’on va s’y prendre pour atteindre un but. Le comment, ça c’est le daily job, c’est le travail du quotidien qu’on met en œuvre, et l’Holacratie nous aide beaucoup à ça, tout en étant très centré sur cette raison d’être, donc en évitant un peu les dispersions d’énergie. Et on a fait le choix ensemble d’écrire une raison d’être qui soit très centrée sur nous parce que je pourrais dire que c’est dans un but d’humilité.

Aliocha : Je pense qu’on nous renvoie parfois quelque chose qui est qui en même temps est très flatteur parce qu’un peu à l’avant-garde des formes organisationnelles, parce qu’on fait des expériences un petit peu poussées sur la manière de coopérer, de prendre des décisions ensemble, de gérer l’argent, de gérer les orientations de l’entreprise, les recrutements et toutes sortes de choses. Et en même temps, je nous sens très, très, très petits, très débutants et très incompétents.

Aliocha : Je nous sens riche d’une certaine expérience et j’ai envie de la partager cette expérience et j’ai envie de proposer quelque chose au monde mais j’ai pas l’impression d’être une sorte d’expert qui saurait comment est-ce qu’il faut faire et du coup j’avais vraiment envie de trouver une raison d’être qui soit centrée sur nous parce que je crois que le chemin le plus modélisant qu’on peut trouver c’est un chemin pour nous-mêmes plutôt que de se dire notre but c’est de faire quelque chose pour les autres, là on a fini par verbaliser un but qui est un but pour nous-mêmes. Pour vous donner un point de repère la raison d’être qu’on avait formulée avant qui a eu une durée de vie d’un an et demi à peu près, c’était la propagation des systèmes émancipateurs.

Aliocha : Alors ça me parle énormément, parce que je crois que quand on fait de l’accompagnement en Holacratie, quand on fait tout ce qu’on fait ici dans nos métiers, etc., je crois que c’est bien ça qu’on fait, c’est qu’on propage les systèmes émancipateurs, et le travail d’écriture de cette raison d’être avait utilisé un protocole à peu près similaire. On est arrivé à ça en se disant qu’il y avait la volonté d’être capable de diffuser des systèmes qui émancipent et qui se propagent d’eux-mêmes. C’est-à-dire qu’on ne soit pas, nous, le facteur clé du succès de l’affaire. L’émancipation étant vue comme un but ultime dans cette phrase, finalement, c’est comme si on lance des choses qui deviennent autonomes et qui se propagent par elles-mêmes. C’est vraiment ça qui nous avait animés.

Aliocha : Et en même temps, quand on parlait de cette raison d’être, on nous renvoyait parfois quelque chose qui pouvait être presque arrogant. Un peu comme si on se disait, qui êtes-vous pour vous permettre de dire quel serait le système à propager ? Et d’autant plus qu’on a quand même tout un vocabulaire et tout un discours autour de l’Holacratie, qui est un système déjà préconçu pour lequel on accompagne les entreprises dans leur implémentation. Alors j’avais cette envie de revenir sur quelque chose de plus humble et de plus centré sur nous. Alors être une organisation intégrative, ce que ça veut dire, c’est être intégratif au sens de la spirale dynamique. Alors la spirale dynamique c’est un modèle qui nous inspire beaucoup, qui m’inspire beaucoup, parce que je trouve qu’il décrit bien les systèmes d’évolution des individus et aussi des organisations.

Aliocha : Et le niveau intégratif de la spirale, le premier niveau intégratif de la spirale, qui est désigné comme étant le niveau jaune, c’est le premier endroit dans le développement des niveaux de valeur d’un individu ou d’une organisation à partir duquel on arrête de penser que seule sa façon de voir le monde est la seule qui vaille. Jusque là, chacun et chacune dans ses valeurs est au fond persuadé que sa manière de voir le monde est mieux que celle des autres et que les autres font fausse route. Je crois que c’est un but assez haut et compliqué à atteindre parce qu’en fait, bien sûr que j’ai un avis sur plein de choses. Et en même temps, j’ai envie qu’on ait cette position très humble dans notre manière d’accompagner. Être une organisation intégrative, ça veut dire aussi être capable d’intégrer à l’intérieur même de notre système.

Aliocha : Je pense que c’est quelque chose d’éminemment difficile parce que ça veut dire être capable de faire vivre et de ressentir la pulsation de tous les niveaux de valeurs sous-jacents du niveau intégratif. Donc si je les prends un petit peu dans l’ordre, je vais laisser de côté le niveau beige qui est un peu celui de la survie, mais le niveau fusionnel qui est désigné en violet dans la spirale dynamique, qui est un peu le stade tribal où on se tient chaud les uns les autres et puis on vibre ensemble comme une seule tribu, comme quelque chose de très fusionnel. Le niveau rouge, qui est le niveau de l’affirmation et de la puissance individuelle, et qui est quelque chose qu’on soutient, je crois, avec un système comme l’Holacratie, avec ce qu’on pratique dans notre forme de développement.

Aliocha : Le niveau normatif, et on est une organisation dans laquelle il y a beaucoup de règles, des règles qui sont très fortes, et qu’on va étudier un peu dans la finesse, où on va dans les détails, etc., et on reconnaît en Holacratie énormément de valeurs pour les règles. Le niveau rationnel individualiste, qui est le niveau orange de la spirale, qui est un peu le cœur économique de la machine, où on travaille et on a besoin de gagner de l’argent, on a besoin de payer des salaires, on investit, on fait du bénéfice à la fin de l’année, il y a une certaine efficacité dans notre travail, et c’est quelque chose qui a beaucoup de valeur, qui permet à l’organisation d’exister et de servir sa raison d’être, donc c’est pleinement et entièrement reconnu.

Aliocha : Et enfin, le niveau pluraliste empathique, qui est le niveau vert de la spirale, où on reconnaît l’empathie et le pluralisme comme étant des valeurs très importantes mais qui ne se font pas, qui ne s’expriment pas au détriment d’autres valeurs comme l’affirmation ou comme le niveau normatif. Là où beaucoup d’organisations qui vont mettre en avant le pluralisme et l’empathie ont un certain malaise en fait avec le niveau rouge de l’affirmation ou le niveau bleu du normatif.

Aliocha : Donc là je fais toute une référence au système de la spirale dynamique parce que c’est la clé qui permet de comprendre qu’est-ce que ça veut dire intégratif, ça veut dire qu’il y a un « et » entre tous ces niveaux de valeur, c’est pas « ou », il n’y en a pas un qui est meilleur que l’autre, c’est qu’ils sont tous complètement valables, dépendamment des contextes, des moments, des personnes, etc. Et qu’on leur reconnaît une entière place dans un système. Et je pense que l’immense défi, c’est de ne pas faire de la soupe avec tout ça. Et que intégratifs ne veuillent pas dire tout est acceptable et en fait on gère plus rien. C’est un « et » et c’est un « et » exigeant. Je pourrais dire comme ça.

Martin : Donc le niveau intégratif de la spirale dynamique viserait la coexistence de l’ensemble des niveaux qui la composent, mais j’ai l’impression que ce qui crée la différence entre une coexistence un petit peu anarchique entre tous ces niveaux et le niveau intégratif, c’est une question de niveau de conscience, c’est ça ?

Aliocha : Probablement que c’est une des clés, à titre individuel en tous les cas, pour vivre dans un système intégratif, que de savoir être en conscience des différents niveaux de valeur qui peuvent exister chez les individus et dans une organisation, et du moment auquel ils s’expriment. Sachant que quand on parle de niveau de valeur au sens de la spirale dynamique, on ne parle pas de qu’est-ce que les gens pensent, mais de comment on pense. De qu’est-ce qu’on reconnaît comme étant une valeur dominante, plus importante que les autres. Et en même temps, quand on dit être intégratif, ça veut dire être à un endroit de sa propre vision du monde où on ne considère pas qu’il y a une manière de voir le monde qui serait meilleure qu’une autre. Ce qui, en fait, je pense, est un défi de tous les jours.

Aliocha : En tout cas, moi, je le vis comme ça. Je pense pas être arrivé. Je pense être au début du chemin. Je pense avoir fait un petit début de chemin. Et ce chemin me fait très envie. D’où l’idée de l’écrire comme une raison d’être, c’est-à-dire comme un but. Alors une raison d’être c’est un but ultime et je pense que d’une certaine façon c’est un but ultime parce que je pense que si on cultive cette forme intégrative d’organisation alors c’est ce qui nous donnera la plus grande puissance transformatrice dans le monde au service de quelque chose qui ne dicte pas comment les autres doivent faire mais qui permet à tous ces niveaux de valeur d’exister.

Martin : Donc tu dis que cette nouvelle raison d’être est exprimée plus par rapport à l’interne. Et tu as aussi dit que par rapport à l’ancienne, il y avait une question d’humilité. Mais pour autant, cette raison d’être a tout de même un impact sur l’externe. Est-ce que tu pourrais nous en parler un peu plus ?

Aliocha : Être une organisation intégrative, si on y arrive, je pense que ça a un impact très profond et très transformatif parce que ça ouvre des possibilités. Et je pense qu’on n’a même pas idée de qu’est-ce que ça ouvre encore, parce que je crois qu’on est à la genèse de ces systèmes-là, c’est récent et nouveau dans le monde que cette idée même puisse exister. Je pense que c’est très puissant en termes de transformation parce qu’en complément de ce qu’on est capable de faire avec des métiers de coach, d’accompagnant, de formateur, de médiateur, de tout ce qu’on veut, la manière dont on le vit est encore plus puissante que tout ce qu’on peut amener dans nos accompagnements. Et d’ailleurs, si on fait ce métier-là aujourd’hui, c’est parce que ça s’est passé de cette manière-là. L’histoire de cette entreprise, c’est ça, en fait.

Aliocha : On faisait un tout autre métier à une autre époque, je ne vais pas m’étendre là-dessus, mais il y a un moment où les gens nous ont dit, mais en fait, attendez, ce n’est pas votre métier-là qui nous intéresse, c’est comment vous le faites. Vous pourriez nous accompagner là-dessus ? Et puis, de fil en aiguille, on est arrivé à accompagner sur des choses qui touchent à la philosophie d’une équipe, à son mode de fonctionnement, de communication, de relation, etc. Et puis, on a eu envie de s’adresser au système d’autorité, de fonctionnement, de management. Et tout ça nous a amené à l’Holacratie. Qu’on a choisi d’abord pour nous-mêmes, puis après les gens nous ont dit non mais en fait c’est votre système là qui nous intéresse, ça a l’air incroyable, racontez-nous, est-ce que vous pouvez nous former, nous accompagner, etc.

Aliocha : Donc là on s’est dit ben pourquoi pas, et puis on s’est renseigné, formé, certifié, etc. Pour faire de l’accompagnement en Holacratie. Donc c’est bien finalement la motivation la plus profonde qu’on a eu à vivre d’une certaine façon dans cette entreprise. Nos relations, notre quotidien, de mettre de l’attention sur comment est-ce qu’on vit nos journées ensemble, qui fait que ça a été un facteur d’intérêt et d’attraction pour l’extérieur, qui est venu nous chercher pour ça, qui maintenant nous paye pour ça et nous permet de vivre avec ça. Et en fait, je crois que c’est le facteur de diffusion le plus puissant qu’on puisse imaginer, parce que c’est modélisant. Pas au sens de créer un modèle qui se réplique, mais au sens où c’est inspirant dans le très joli sens du mot, qui inspire, qui donne de l’air et qui donne envie à d’autres.

Aliocha : Et voilà, je trouve que générer cet élan-là dans le monde, moi ça me nourrit beaucoup.

Martin : Donc la raison d’être n’est plus de promouvoir des systèmes émancipateurs, et elle n’est pas non plus de promouvoir l’Holacratie. Alors quelle est donc la place de l’Holacratie dans ce nouveau cadre ? Ça n’est plus qu’un moyen, c’est ça ?

Aliocha : Si je construisais des maisons, j’aurais une visseuse dans mon camion. L’Holacracy c’est ma visseuse. Bon, c’est une super visseuse. Elle a beaucoup d’accessoires et elle fait plein de trucs. Mais l’Holacracy c’est juste un système qui nous aide à piloter les organisations. Peut-être que demain il y en aura d’autres qui vont apparaître, il y a des gens qui travaillent sur l’élaboration d’autres systèmes pour l’instant qui sont plutôt à l’état de prototype ou d’idée. Là, en 2022, on a un système comme l’Holacratie qui a 15-17 ans de pratique avec des milliers d’entreprises qui l’utilisent. C’est quelque chose qui est déjà fonctionnel et qui, pour des entreprises qui ont des contraintes économiques, fait gagner beaucoup de temps. Nous, c’est ce qui nous a convaincus, c’est ce qui fait qu’on l’a utilisé. Et pour l’instant, on n’en a pas trouvé de meilleur à côté.

Aliocha : Donc, on continue avec ça, mais on n’est pas mariés avec l’Holacratie et ce n’est pas un but. C’est juste le meilleur système qu’on ait sous la main pour amener dans l’ADN des organisations une capacité évolutionnaire qui, je pense, est très verrouillée par les systèmes existants. C’est-à-dire qu’en mettant en place un système comme l’Holacracy dans une organisation, on la dote d’un système qui, je crois, lui permet d’exprimer son plus grand potentiel. Je crois qu’il y a un potentiel infini dans les organisations. Parce qu’il y a un potentiel infini dans les humains qui composent ces organisations, et qu’il est beaucoup sous contrainte d’un système d’organisation qui ne savent pas que faire de ce potentiel, qui ne savent pas que faire de la pulsion créatrice des humains. Et j’ai l’ambition qu’avec ce que nous expérimentons ici, on y arrive au moins un petit peu.

Aliocha : Et comme c’est le meilleur système qu’on ait sous la main, c’est celui qu’on propose aux organisations qui choisissent d’être accompagnées par nous. Mais c’est intéressant de voir que même dans les organisations, les entreprises qui viennent nous voir pour faire de l’Holacracy, c’est presque un épiphénomène, c’est un sujet presque technique la question de l’Holacracy. Ce qu’ils veulent savoir c’est comment ça marche chez nous, comment ça marche ailleurs, et en fait ce qui se dégage à notre contact les inspire. Et fait qu’ils se disent, ouais, on va essayer de mettre en place ce système parce que si on le met en place chez nous, ça va générer quelque chose du même ordre, c’est-à-dire une capacité à évoluer, à intégrer et à reconnaître des potentiels qui peut-être jusque-là étaient non exprimés.

Martin : Et au-delà de l’Holacratie, quel lien tu fais avec les autres métiers qu’on a dans l’agence avec cette nouvelle raison d’être ?

Aliocha : Alors je crois qu’il y a quelque chose de très complémentaire. D’abord parce que les autres métiers qui sont proposés dans nos services, je les ai mentionnés un peu tout à l’heure, comme la facilitation, la médiation, le coaching, la formation. Sont des moyens d’accompagner les transformations individuelles, collectives et organisationnelles. Pas forcément avec un système, comme on le fait en Holacratie, mais avec des pratiques ou des clés de compréhension du monde ou des transformations comportementales qui font que les gens vont pouvoir révéler un plus grand potentiel d’eux-mêmes et c’est un excellent point de départ. Par ailleurs, je trouve ça très intéressant philosophiquement et professionnellement que nous n’ayons pas qu’un seul métier. Ensuite, il y a une autre dimension, c’est que l’Holacratie, c’est un système d’organisation. Mais, je pourrais presque dire, c’est pas un métier, en fait. Ça sert à faire un métier.

Aliocha : Mais alors, on en fait un métier parce qu’on accompagne sur la mise en place de ce système-là, mais je trouve qu’avoir soi-même un métier qu’on fait fonctionner avec cette mécanique, c’est quand même une démonstration nécessaire pour être un peu pragmatique et ne pas être dans quelque chose de dogmatique. Enfin, il y a aussi une autre raison qui est en réalité vitale pour nous, c’est que pour devenir coach ou accompagnant en Holacracy, pour exercer cette activité-là, il faut des années de pratique, d’entraînement. Alors pour les gens très talentueux, ça sera peut-être 3 ans, pour les gens qui ont besoin d’un peu plus de temps, ça sera plutôt 4-5 ans, mais j’imagine mal que ce soit possible en moins de 3 ans.

Aliocha : Et nous, en tant qu’entreprise, on ne peut pas attendre trois ans quelqu’un commence à travailler, quand quelqu’un nous rejoint, donc on a bien besoin d’avoir d’autres activités. Alors plutôt que de faire des pizzas, on pratique des métiers qui viennent nourrir le même but, qui est quand même de permettre aux systèmes et aux individus de s’émanciper. Cette intention émancipatrice, elle reste présente, alors elle n’est plus présente dans la raison d’être, en termes d’intention professionnelle, c’est quelque chose qui est un véhicule fort encore.

Martin : Donc j’imagine que tous les métiers de l’accompagnement que tu viens d’évoquer formeraient comme une sorte de premier pas et ils continueraient du coup à servir cette raison d’être du point de vue de la spirale dynamique ?

Aliocha : Oui, tous les métiers qu’on pratique au sein de Sémawé servent cette raison d’être, sinon ils n’auraient pas vraiment leur place dans cette organisation. Et je dirais que c’est pas en tant que métier qu’ils servent cette raison d’être, c’est dans la manière de les pratiquer. Peut-être qu’on pourrait faire des pizzas en servant notre but. Je l’ai dit en plaisantant mais en fait, et d’ailleurs c’est des choses qu’on s’est souvent dit dans nos retraites d’associés quand on réfléchit au temps long, où on est capable en équipe de se dire en fait, peu importe ce qu’on fait, on pourrait faire du pain, on pourrait élever des chèvres, on pourrait faire un autre truc, ce qui nous intéresse c’est de le faire de cette manière là.

Aliocha : Donc je crois que c’est dans la manière de vivre nos accompagnements, d’y mettre notre énergie et dans la manière d’exercer une sorte de rigueur intellectuelle et philosophique dans notre manière de travailler qui font que ça sert un but d’émancipation et qui nous permettent d’aller vers une forme intégrative d’organisation.

Martin : Tu as décrit la manière avec laquelle vous avez formulé la raison d’être. J’imagine que cette manière est complètement liée avec cette raison d’être.

Aliocha : Oui, complètement. Ce processus qu’on a utilisé déjà plusieurs fois et qui s’inspire des niveaux logiques de Robert Dilts, je le trouve très intéressant parce qu’en fait, il permet de naviguer dans des hauteurs de vue très différentes en partant du sol, du concret, de la matière, d’un souvenir très précis et inspirant qui est source de fierté. Pour nous à titre individuel, et puis en fait on va observer quels sont les comportements, quelles sont les capacités, quelles sont les croyances que ça nourrit, quels sont les éléments identitaires que ça vient activer chez nous, et quels sont les différents éléments de notre vision du monde. Ce qui ensuite nous permet descendre un peu en creux en dessous de la vision du monde, de quelle est notre part singulière et quelle est notre contribution unique et particulière pour servir cette vision du monde.

Aliocha : Là où on est arrivé cet été c’est de se dire c’est que notre vision unique et particulière pour servir la vision du monde qu’on avait exprimé c’est d’être une organisation intégrative et déjà si on arrive à ça c’est extraordinaire.

Aller plus loin

La raison d’être est au cœur de l’accompagnement Sémawé. Pour la formuler avec son équipe, voir notre séminaire raison d’être. La notion de « source » qu’Aliocha évoque ici renvoie à un concept structurant en Holacratie : son rôle est exploré dans l’épisode sur la personne Source dans une organisation et dans le témoignage de Juliette, source spécifique de Sémawé. Pour aller plus loin sur le système qu’Aliocha appelle « sa visseuse », lire Comprendre l’Holacracy.