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Principe Source : pourquoi tout projet a une Source — et ce que ça change pour le leadership

« La source est une personne qui a une idée et qui prend des initiatives et des risques pour la réaliser. » — Stefan Merckelbach, Un petit livre rouge sur la Source

Ce concept a été modélisé par Peter Koenig, consultant et formateur anglais basé à Zurich, à partir de décennies d’observation des dynamiques organisationnelles. Il part d’un constat simple : dans tout projet, il y a toujours une personne qui, à l’origine, a fait le premier pas. Qui a pris le risque de mettre quelque chose en mouvement. Cette personne est la Source.

Le parallèle avec l’eau est juste : une source ne jaillit pas de nulle part. Souvent, une personne devient Source d’une initiative parce que de multiples interactions ont fait jaillir en elle une idée dont elle se saisit. S’ensuit l’idée de rivière — une personne peut être « source globale » parce qu’elle met en œuvre une idée nouvelle, ou « source spécifique » si elle rejoint l’initiative de quelqu’un d’autre et en devient responsable d’un sous-ensemble. Les petits ruisseaux font les grandes rivières.

Le principe Source nous aide à nous engager énergétiquement dans nos initiatives et à encourager ceux qui nous entourent à faire de même. Il invite à un management plus inspiré, stimule l’implication créative et donne un sens nouveau aux liens professionnels.

De la Source au projet collectif

Quand une personne Source lance un projet — de création d’entreprise, d’initiative associative, de transformation organisationnelle — d’autres personnes peuvent être attirées par la vision et les valeurs portées par l’initiative et souhaiter rejoindre cet élan. La source globale, en intégrant ces sources spécifiques et en les responsabilisant comme telles, leur permet de contribuer à la réalisation du projet dans le respect de ses valeurs fondatrices.

Les sources spécifiques reconnaissent dans le projet une opportunité d’exprimer leurs propres valeurs — qui résonnent avec celles du projet — et d’y réaliser, au moins en partie, leurs visions particulières, tout en promouvant la vision et les valeurs du projet global.

Ce tissage organique de Sources emboîtées est ce que Tom Nixon, auteur de Work with Source, appelle la hiérarchie créative — une architecture de cercles imbriqués où chaque Source détient la responsabilité de son périmètre tout en restant en lien avec le champ plus global. Nous développons ce concept dans notre article Leadership vivant et hiérarchie naturelle.

Quelle gouvernance au service du projet selon la Source ?

Il ne s’agit ni de « tout vertical » ni de « tout horizontal ». Deux principes complémentaires régissent la gouvernance dans une organisation qui reconnaît ses Sources.

Le premier est le principe d’équivalence : il reconnaît à chaque acteur une égale valeur d’être et un même pouvoir d’influence dans les décisions vitales du collectif. Chacun a la possibilité de devenir Source et force de proposition. Ce principe fonde l’intelligence collective et le management participatif.

Le second est le principe de primauté : il reconnaît à la source globale une place spéciale dans le collectif, du fait de son autorité sur le projet et de sa responsabilité particulière envers la vision et les valeurs. La source globale se porte garante des origines, de l’identité et du développement du projet — et donc aussi du collectif.

Il ne s’agit pas de « faire sa loi », mais de faire profiter l’ensemble du collectif de ses intuitions, de veiller au maintien du cap de la vision, même si cela passe par moments par une voix plus directive.

Ce n’est pas sans rappeler la manière dont l’Holacratie distingue l’autorité de gouvernance (qui peut être distribuée) et la vision du projet (qui reste portée par une personne). Les deux approches se complètent naturellement — et c’est l’une des raisons pour lesquelles nous les pratiquons conjointement chez Sémawé.

Prendre soin de ses Sources : les trois pathologies

Conscientiser son rôle par le biais de la notion de Source permet de comprendre que celle-ci a besoin de l’énergie de chacun pour fonctionner. Se positionner sur l’échelle des pathologies de Sources — et identifier les remèdes — est l’un des premiers travaux que nous faisons avec les dirigeants que nous accompagnons.

Pathologie n°1 : l’ignorant

C’est celui qui ne se sait pas ou ne se reconnaît pas comme personne Source. Cela génère de l’inaction qui freine l’organisation : déni de responsabilité, perte de motivation, sentiment de ne pas être légitime, manque de clarté sur les rôles.

Remèdes : travailler la confiance en soi, ses croyances limitantes, ses peurs. L’idée est d’en réduire les effets en allant à leur rencontre, avec du soutien, de l’accueil de soi et de la prise de responsabilité.

Pathologie n°2 : le despote

C’est celui qui confond l’idée de Source avec son ego — « se croire le propriétaire, au lieu du dépositaire, de son initiative » (S. Merckelbach). Les aspects légaux peuvent parfois renforcer cette confusion. Cela génère une concentration de l’énergie de Source au service de la personne elle-même davantage que de son projet.

Remèdes : travailler la confiance en soi, ses projections sur ce que c’est d’être Source, ses peurs — et développer la capacité à déléguer sans abdiquer.

Pathologie n°3 : le mou

C’est celui qui se reconnaît Source mais ne passe pas à l’action. Cela génère un manque de vitalité dans le projet, qui peut entraîner la démotivation, le départ des sources spécifiques et, à terme, la fin de l’initiative.

Remèdes : travailler la confiance en soi et ses croyances limitantes, mais aussi prendre la résolution d’agir en tant que personne Source — en faire une intention profonde, un déclencheur. Réserver de l’énergie et du temps dans son agenda exclusivement consacrés à des réflexions de « personne-source », avec régularité. Et prendre sa responsabilité de Source joyeusement : si le prochain pas consiste à prendre un risque, y aller sans hésiter ; s’il s’agit d’intervenir pour rappeler le cadre, le faire sans tarder.

Source, fondateur, leader : trois rôles souvent confondus

Un point que l’on ne dit pas assez : Source, leader et fondateur ne sont pas synonymes. Un leader peut incarner une forte capacité à rassembler et inspirer sans être la Source du projet. Inversement, la Source n’est pas toujours la plus charismatique ou la plus visible. Son rôle est plus subtil mais tout aussi fondamental : elle tient le fil rouge du projet, sent ce qui en fait partie et ce qui n’en fait pas partie, perçoit la prochaine étape juste même sans savoir encore comment s’y rendre.

C’est la personne dont le départ entraînerait la mort du projet. Ce lien particulier avec le projet est invisible sur l’organigramme — et pourtant structurant.

Pour aller plus loin avec Sémawé

Chez Sémawé, le travail sur la Source fait partie intégrante de notre accompagnement des dirigeants. Nous proposons des retraites Source et Leadership — des espaces de ressourcement et de clarification pour les personnes Sources qui souhaitent approfondir leur relation à leur projet et à leur vision.

Découvrir les retraites Source et Leadership

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