Terre de Liens est un mouvement citoyen dont la raison d’être est de faire de la terre agricole un bien commun — préserver les terres et les paysans qui les cultivent, en protégeant l’environnement et l’humain. En 2022, suite au départ de son fondateur, la Fondation passe en co-direction à trois personnes et adopte l’Holacratie. Hugo Arnaud, l’un des trois co-directeurs généraux, nous raconte ce choix, ce qu’il a produit, et ce qu’il conseille aux organisations qui souhaitent se lancer.
Hugo, peux-tu nous présenter ton parcours ?
Je suis arrivé il y a un an et demi chez Terre de Liens et je suis à présent co-directeur général de la Fondation, suite au départ du fondateur. J’ai réalisé mes études dans le secteur du commerce et c’est l’entrepreneuriat au service d’une cause sociale qui m’anime depuis. Je suis aussi issu d’une famille d’agriculteurs — tout cela explique comment je suis arrivé chez Terre de Liens.
Comment avez-vous rencontré l’Holacratie ?
J’avais été sensibilisé à des modes de management différents grâce à mes précédentes expériences professionnelles. J’ai aussi lu Reinventing Organizations de Frédéric Laloux.
Au moment où nous avons eu envie de passer en co-direction chez Terre de Liens, nous avons identifié notre besoin de clarifier nos périmètres de décisions, pour chacun des trois co-dirigeants. Et c’est à ce moment-là que nous avons rencontré Aliocha et l’Holacratie.
Qu’est-ce qui vous a donné envie d’adopter l’Holacratie ?
Nous sommes trois à avoir pris la suite du fondateur de Terre de Liens. Nous avions besoin de nous approprier la raison d’être de l’organisation — l’Holacratie nous aide à la définir et à la porter.
Cela nous permet de clarifier nos responsabilités et périmètres de prise de décision, pour que notre fonctionnement à trois soit lisible de l’extérieur, auprès des administrateurs et de l’équipe.
Et pour moi-même, qui porte les fonctions RH au sein de notre Codir, la clarification des rôles et redevabilités dans un contexte de forte croissance est rassurante. En 18 mois nous allons passer de 17 à 33 salariés, avec 10 recrutements en 6 mois :
« L’Holacratie nous apporte la structuration dont nous avons besoin. »
Comment avez-vous dégagé du temps pour l’adoption ?
C’est un investissement aujourd’hui, mais nous sommes convaincus de l’intérêt d’y consacrer ce temps. C’est très éclairant dans un contexte de création de postes et de croissance.
Et puis adopter l’Holacratie a été notre première grande décision de co-direction. Symboliquement, cela nous permet de marquer le changement — c’est une nouvelle organisation pour la Fondation, cohérente avec le modèle de société que nous souhaitons porter. Nous sommes une Fondation reconnue d’utilité publique, les salariés sont assez ouverts d’esprit, et nous-mêmes ça nous pousse à aller vers un système comme l’Holacratie.
L’Holacratie répond-elle à d’autres besoins spécifiques à Terre de Liens ?
Notre organisation est assez complexe : des métiers très différents (communication, gestion des fermes…), et nous sommes un mouvement qui regroupe des entités différentes — la Fondation, une entreprise d’investissement solidaire et un réseau associatif.
Le visuel de notre holarchie sur Holaspirit nous aide à rendre les rôles lisibles dans les différentes structures, et auprès des parties prenantes avec qui nous sommes en lien.
Comment avez-vous embarqué l’équipe ?
Nous avons fait le choix d’être accompagnés par un prestataire extérieur — Sémawé — et de nous centrer, nous, équipe du Codir, sur les raisons du changement.
Nous sommes passés par plusieurs étapes : la co-direction a commencé à évoquer l’Holacratie, en expliquant à l’équipe qu’un accompagnement était nécessaire. Aliocha est ensuite intervenu auprès de l’équipe et du bureau pour répondre aux premières questions. Puis il y a eu un séminaire d’embarquement pour l’ensemble de l’équipe. Et nous sortons d’une première session de formation de praticiens de quatre jours pour une partie de l’équipe.
Comment avez-vous vécu la signature de la Constitution ?
C’était assez émouvant. Nous avons eu le sentiment, à ce moment-là, que la co-direction marquait son empreinte et que l’équipe embarquait dans cette aventure où la place de chacun sera importante.
C’était un mélange de soulagement et d’étonnement. Nous avons senti l’enthousiasme de l’équipe — c’est important et motivant pour la suite.
Qu’est-ce que vous observez de différent depuis la signature ?
Ce qui se voit déjà concrètement, trois semaines après la formation de praticiens : des réunions plus efficaces, en petits ou grands cercles, avec plus de sujets traités en moins de temps. Et un nouveau vocabulaire partagé — nous utilisons des mots nouveaux.
Y a-t-il des moments délicats dans l’embarquement ?
Je perçois la crainte de certains de voir évoluer leur poste. C’est un changement de repères, ce n’est pas confortable pour tout le monde. Ce qui est rassurant, c’est que dès qu’il y a des préoccupations, l’Holacratie propose des processus pour s’en occuper.
Le cadre à tenir lors des réunions tactiques et de gouvernance est parfois perturbant. La posture de facilitateur et de scribe est parfois délicate à tenir, surtout auprès de personnes qui ne sont pas encore formées.
Quels conseils donneriez-vous à une organisation qui souhaite se lancer ?
Je lui conseillerais de prendre le temps d’échanger avec Sémawé et avec d’autres structures qui ont adopté l’Holacratie. De notre côté, nous avions rencontré Arcadie, une entreprise de 120 salariés spécialisée dans les épices bio, qui a signé la Constitution en 2017. Les témoignages sont vraiment rassurants — et on en a besoin, car l’adoption demande du temps et c’est un investissement.
Je pense qu’il faut expérimenter si on en a envie, en ayant en tête qu’on a toujours le droit de revenir en arrière. En revanche il faut se donner les moyens de tester avec l’ensemble du système Holacratie. Ce que j’ai entendu de structures restées dans un entre-deux n’est pas convaincant. Tomber dans le travers de l’horizontalité où tout le monde est consulté pour qu’une décision soit prise n’est pas performant. Le cadre proposé par l’Holacratie est nécessaire.
Un dernier mot ?
Adopter l’Holacratie est assez complexe, ça pourrait être rébarbatif — mais nous avançons dans la bonne humeur avec Sémawé !
Pour aller plus loin
D’autres témoignages d’organisations accompagnées par Sémawé dans leur adoption de l’Holacratie :
3 ans après : comment l’Holacratie a transformé BikeSolutions
Eco-Compteur : 8 ans d’Holacratie, structurer la croissance sans sacrifier l’agilité
Holacratie dans le secteur public : comment la Métropole de Grenoble réinvente son management
